‹ Voltaire, philosopheChapitre 26 sur 135 · Ibid., XLYII · texte numérisé non relu

Ibid., XLYII

l MÉTAPHYSIQUE ET PHYSIQUE 55

j être à part, son essence consisterait dans la pensée.

} Et voilà pourquoi les spirilualistes doivent soutenir

î que Tâme pense toujours. Mais pense-t-on lorsqu'on

I est évanoui ou lorsqu'on dort diin profond sommeil* ?

Enfm ce qui montre que Tâme ne se distingue pas

[ du corps, c'est qu'elle en suit les dispositions. Voici,

, par exemple, un fou. Dirons-nous que son àme est

malade? Non, nous ne dirons pas une telle absurdité.

Reste donc que son corps le soit. Un goutteux souffre

aux pieds et aux mains : or, on peut avoir la goutte

au cerveau comme aux mains et aux pieds. Le fou

est un malade dont le cerveau pâtit. Et comment

croirions-nous l'âme faite d'une autre essence que

le corps, si les maladies du corps la rendent elle-même

malade"^?

Nier la spiritualité de l'âme, ce n'est point, au surplus, nier son immortalité, car l'immortalité peut « être attachée tout aussi bien à la matière, que nous ne connaissons pas, qu'à l'esprit, que nous connaissons encore moins » [Lettre à Formoiit, avr. 1733 ; LI, 370) ^ Mais pourtant notre raison ne saurait affirmer que lame soit immortelle. Au point de vue purement spéculatif et en dehors de toute considération morale

1, Tvailé de Métaphysique, XXXVII, 314.

•2. Dict. pliiL, Folie, XXIX, 447 sqq. — Cf. Lettre à Cideville, 10 mai 1764 : « Je suis d'une faiblesse extrême...; et mon àme, que j'appelle Lisette, est très mal à son aise dans son corps cacochyme. Je dis quelquefois à Lisette : Allons donc, soyez donc gaie comme la Lisette de mon ami. Elle répond qu'elle n'en peut rien faire, et qu'il faut que le corps soit à son aise pour qu'elle y soit aussi. Fi donc! Lisette, lui dis-je; si vous me tenez de ces discours-là, on vous croira matérielle. Ce n'est pas ma faute, a répondu Lisette; j'avoue ma misère, et je ne me vante point d'être ce que je ne suis pas. »

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