Remarrj. de VEssai sur les Mœurs, XLI
prompte diffusion de la religion chrétienne s'explique aisément, selon Voltaire, par des causes naturelles :les h vertus de Jésus-Christ, ses souffrances elles-mêmes ;; et sa mort; les aspirations de Thumanité contempoi raine vers le merveilleux, si puissant alors sur les I Ames, qu'on ne vit jamais tant de thaumaturges; f, enfin Tannonce d'un prochain royaume des cieux (' pour les déshérités de la terrée
Aussi bien la religion chrétienne emprunta ses dogmes et ses rites à la Grèce, à l'Egypte, voire à rinde; et ce ne fut pas là une des moindres causes de son succès ^. Toute sa théologie, elle la reçut en réalité des platoniciens. « Le platonisme fut cette force étrangère qui, appliquée à la secte naissante, hii donna de la consistance et de l'activité... C'est dans Alexandrie, devenue le centre des sciences, que les chrétiens devinrent des théologiens raisonneurs; et c'est ce qui releva la bassesse qu'on reprochait à leur origine... C'est là que commence réellement cette religion... C'est là que le Verbe fut connu des chrétiens, c'est là que Jésus fut appelé le Verbe. Toute la vie de Jésus-Christ devint une allégorie », etc. (Dieu et les Hommes, XLVI, 241, 242, 246 sqq,). Ayant pour mère la religion juive, le christianisme a
1. Dict. phiL, Christianisme, XXVIIl, 52 sqq.; Dieu et les Hommes, XLVI, 235 sqq.; Hist. de Petabliss. du Christianisme^ L, 407 sqq.: etc.
2. Voltaire écrivit sa pièce cVOlyynpie pour montrer la conformité des mystères et des rites païens avec ceux du christianisme. Cf. Lettre à Damilaville, 8 mars 1762 : « On a voulu mettre au théâtre la religion des prétendus païens, faire voir dans des notes que notre sainte religion a tout pris de l'ancienne », etc. Cf. encore Lettre à d'Aleynbert, 25 févr. 1762, et Lettre à d'Argental, 13 juill, 1763.
pour pèrb le platonisme ^ Si par là s'explique en grande partie sa rapide propagation, tout ce que lui fournirent les religions et les philosophies antérieures suffirait du reste pour démentir la prétendue divinité de son origine.
Ailleurs, Voltaire s'applique à relever les invraisemblances des saintes Ecritures.
Dans l'Ancien Testament, c'est la femme tirée d'une côte de l'homme, le serpent qui parle, l'arbre de la science, l'Océan qui, pendant le déluge, dépasse de quinze coudées le sommet des plus hautes montagnes sans laisser pourtant son lit à sec, l'arche qui contient toutes les bêtes de l'univers avec leur nourriture; c'est la cavalerie envoyée par le pharaon à la poursuite des Hébreux quand la sixième et la septième plaie d'Egypte n'avaient laissé vivant aucun animal, c'est Josué qui arrête le soleil, Jonas qui reste trois jours dans le ventre d'une baleine, etc. ^ Comment de telles fables trouvent-elles encore créance? Et se peut-il que des hommes sensés admettent l'inspiration divine d'un livre qui semble avoir pris à tâche de défier le sens commun?
Quant aux Évangiles, Voltaire en fait voir surtout les divergences. Par exemple, Mathieu dit que, le roi Hérode ayant ordonné de massacrer tous les enfants nouvellement nés à Bethléem, Joseph et Marie, avertis par un ange, s'enfuirent en Egypte; Luc ne parle pas de ce massacre, et laisse Joseph et Marie à Bethléem pendant six semaines. Selon Mathieu, Luc et Marc,