XI
Jf. encore, dans le pamphlet intitulé De l'horrible Danger de la
L'éducation devrait éveiller Tesprit, former le jugement, développer le sens critique; ce que veulent au contraire les ministres du catholicisme, c'est aveugler les hommes et fausser leur entendement. « Un fakir élève un enfant qui promet beaucoup; il emploie cinq ou six années à lui enfoncer dans la tête que le dieu Fo apparut aux hommes en éléphant blanc, et il persuade l'enfant qu'il sera fouetté après sa mort pendant cinq cent mille années s'il ne croit pas ces métamorphoses » {Dict. phil., Esprit, XXIX. 242). Voilà comment l'Église a, depuis des siècles, perpétué sa puissance.
Il n'est pas de sottise que les prêtres ne prétendent inculquer à un peuple abruti par leurs soins. Dans les livres de nos christicoles sur les vies des saints, on lit que la chaussette de saint Honoré ressuscita un mort; que saint Gracilien, par le mérite de son oraison, déplaça une montagne; que, saint Pantaléon ayant eu la tête tranchée, du lait jaillit de son col; que, le jour où Rome canonisa saint Antoine de Padoue, toutes les cloches de Lisbonne se mirent d'elles-mêmes à sonner; que saint Paulin fit tomber par terre, en touchant des reliques, un possédé qui se promenait, comme une mouche, à la Ajoute d'une église; que saint Romain, jusqu'alors bègue, parla, dès qu'on lui eut arraché la langue, avec la plus grande volubilité ^ Encore du temps de Voltaire ont lieu parfois des prodiges tout aussi étonnants : à
Lecture, un anathème lancé par le muphti du saint Empire ottoman contre l'infernale découverte de l'imprimerie, qui va sans doute dissiper l'ignorance, heureuse sauvegarde des États bien policés (XLII, Ho sqq.).
1. Extrait des Sentiments de Jean Meslier, XL, 424 sqq. ; F7^agment de l'Histoire générale, XL VII, 536 sqq.
Paimpol entre autres, une apparition de Notre-Sei- L;neur Jésus-Christ dûment authentiquée par Tévêque (leTréguier,lelieutenant-général et maintes personnes ili' distinction K
Pendant le xviiF siècle, deux partis, dans l'Église, se disputent rinfluence : les jésuites et les jansénistes. Désireux d'accroître leur ascendant sur le peuple, ( (iix-là ont exploité à leur profit les visions d'une pauvre malade, Marie Alacoque-, et créé une sorte de nouveau culte en matériahsant l'amour du Christ pour les hommes dans l'image de son cœur, qu'ils étalent tout saignant sur leurs bannières. Ceux-ci obtiennent des miracles par l'intercession du diacre Paris : devant sa tombe, les convulsionnaires donnent le spectacle de crises hystériques; puis, chassés du
1. En voici la relation officielle : « Le 6 janvier 1771, jour des Rois, pendant qu'on chantait le salut, on vit des rayons de lumière sortir du Saint-Sacrement, et l'on aperçut à l'instant Notre-Seigneur Jésus en figure naturelle... A quatre heures du soir, Jésus ayant disparu de dessus le tabernacle, le curé de ladite paroisse s'approcha de l'autel et y trouva une lettre que Jésus y avait laissée; il voulut la prendre, mais il lui Tut impossible de la pouvoir lever... Au bout de la huitaine, Mgr l'évéque y vint en procession,... la prit sans difficulté. S'étant ensuite tourné vers le peuple, il en fit la lecture à haute voix, et recommanda à tous ceux qui savaient lire de lire cette lettre tous les premiers vendredis de chaque mois, et à ceux qui ne savaient pas lire, de dire cinq Pater et cinq Ave en l'honneur des cinq plaies de Jésus-Christ », etc. {Dict. phiL, XXXII, 239.)