‹ Voltaire, philosopheChapitre 50 sur 135 · Cf. p · texte numérisé non relu

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sur Bélisaire, sachez que nous damnons tout le monde...; c'est là notre plaisir. Nous comptons environ six cents millions d'habitants sur la terre. A trois ^énérationspar siècle, cela fait environ deux milliards; et, en ne comptant seulement que depuis quatre mille années, le calcul nous donne quatre-vingts milliards de damnés, sans compter tout ce qui Ta été auparavant et tout ce qui doit l'être après. Il est vrai que, sur ces quatre-vingts milliards, il faut ôter deux ou trois mille élus, qui font le beau petit nombre; mais c'est une bagatelle, et il est bien doux de pouvoir se dire en sortant de table : Mes amis, réjouissons-nous, nous avons au moins quatre-vingts miUiards de nos frères dont les âmes toutes spirituelles sont pour jamais à la broche en attendant qu'on retrouve leurs corps pour les faire rôtir avec elles » (XLII, 626)*. Voilà comment les catholiques se représentent la bonté divine. A les en coire. Dieu nous créa pour | nous damner -.

Si l'inhumanité de la religion catholique indigne

1. Cf. cet autre calcul dans une note de la llennade : « On compte plus de neuf cent cinquante millions d'hommes sur la terre; le nombre des catholiques va à cinquante millions; si la vingtième partie est celle des élus, c'est beaucoup; donc il y a actuellement sur la terre neuf cent quarante-sept millions cinq cent mille hommes destinés aux peines éternelles de l'enfer. Et comme le genre humain se répare environ tous les vingt alis, mettez, l'un portant l'autre, les temps les plus peuplés avec les moins peuplés, il se trouve qu'à ne compter que six mille ans depuis la création, il y a déjà trois cents fois neuf cent qua rante-sept millions de damnés... Ce calcul méritait bien les larmes de Henri IV » (X, 221).

2. C'est ce que Voltaire fait dire à Arnauld dans les Syslèiyies.

De Dieu la bonté souveraine

Exprès pour nous damner forma la race humaine.

^Voltaire, son ascétisme ne pouvait manquer de lui répugner.

Cet ascétisme est incompatible avec le bonheur légitime du genre humain, et non seulement avec son progrès matériel, mais avec son progrès intellectuel et moral. Il faudrait donc réprouver tout plaisir, passer sa vie dans les mortifications, se rendre insensible à toutes les belles choses, aux arts et à la poésie? C'est une inhumanité d'un autre genre.

Que des hommes choisis, comme les anciens brachmanes ou mages, s'exilent du monde pour consacrer leur existence à Tadoration de Dieu et à l'observation des phénomènes célestes, Voltaire ne leur refuse pas ses éloges. Et, louant cette existence des mages ou des brachmanes S il ne la blâmerait point chez les moines, si c'était vraiment la leur. Mais, sans parler ici de ceux qui vivent dans une paresse abjecte ou dans les plus viles débauches, les autres, respectacles parleur sainteté, s'abusent d'une étrange façon sur le culte que Dieu demande à ses créatures.

('Dieu nous a faits des hommes : comment croit-on lui agréer en mutilant son être, en refusant les biens que lui-même a mis à notre disposition, en mortifiant soit sa chair, soit même, si Ton peut dire, son intelli-

■ gence et sa conscience?

Fondé sur une pareille théologie, le catholicisme

j ne saurait assurer son règne que par l'asservissement

1 de la raison et de la volonté.

.. Voltaire nomme les prêtres u des maîtres d'erreurs payés pour abrutir la nature humaine » (Dict. phil.^ Franc, etc., XXIX, 487), ou encore « des sorciers

l. DicL phiL, Austénlés, XXVII, 213.

Têtus de noir qui s'efforcent de changer les hommes m botes » (Lettre à Marmontet, 28 janv. 1764). Après ivoir dit dans VEssai sur tes Mœurs que le concile de Toulouse défendit aux chrétiens laïques de lire les Écritures, il ajoute : « On fît brûler les ouvrages TAristote... Des conciles suivants ont mis Aristote presque à côté des Pères de FÉglise. C'est ainsi que .••us verrez... les sentiments des théologiens, les uperstitions des peuples, le fanatisme, variés sans :esse, mais toujours constants à plonger la terre dans abrutissement » (XVI, 253).

Jeannot veut-il faire son salut? Qu'il se garde avant out de penser. « Souviens-toi, lui dit le père Xicodème,

. . . Souviens-toi bien que la philosophie

Est un démon d'enfer à qui l'on sacrifie...

Tout chrélien qui raisonne a le cerveau blessé;

Bénissons les mortels qui n'ont jamais pensé.

/*our faire son salut. Jeannot n'a qu'à s'entretenir jieusement dans l'isfnorance et la bêtise.

1. Après avoir raconté l'histoire d'un hibou, qui, porté par in aigle vers le soleil, en perd la vue et devient la pâture des )êtes de proie, le père Nicodème ajoute :

Profite de sa faute, et, tapi dans ton trou, Fuis le jour à jamais en tidèle hibou.

■A, comme Jeannot manifeste l'envie de raisonner : « Ah! lui lit-il,

Ah 1 te voilà perdu! Jeannot n'est plus à moi.

Tous les cœurs sont gâtés, l'esprit bannit la foi.

L'esprit s'étend partout. 0 divine bêtise '.

Versez tous vos pavots, soutenez mon église.

{Le Père yicodème et Jeannot, XIV, 238, 239.) ^r. la Pucelle, chant m :

Ah 1 qu'aux savants notre France est fatale ! Qu'il y fait bon croire au pape, à l'enfer, Et se" borner à savoir sou Pater'.

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