‹ Voltaire, philosopheChapitre 67 sur 135 · Dans un concile tenu à Constantinople · texte numérisé non relu

Dans un concile tenu à Constantinople

4. Lettre de Charles Gouju à ses frères, XL, 343 sqq. ; Éclaircissement historique, XLl, 59; Dict. phiL. Péché originel, XXXI, 325 sqq. ; le Pyrrhonisme de l'Histoire, XLIV, 385, 386.

5. « Jugez, dit Jésus-Christ dans Tarticle Religion du Dictionnaire philosophique, si je leur apportais [aux Juifs] un culte nouveau. Je ne cessais de leur dire que j'étais venu non pour abolir la loi, mais pour l'accomplir; j'avais observé tous leurs rites; circoncis comme ils l'étaient tous, baptisé comme l'étaient les plus zélés d'entre eux, je payais comme eux le corban, je faisais comme eux la Pàque en mangeant debout un agneau cuit dans

parler, sa religion est le judaïsme; et, quant à la théologie catholique, aucun docteur ne serait assez habile pour la lui faire seulement comprendre.

Jésus ne révéla point le mystère de son incarnation et ne prétendit point être le fils d'une vierge; il laissa aux cordeliers et aux jacobins le soin de décider si sa mère elle-même avait été conçue sans péché; il ne déclara point que le mariage est le signe visible d'une chose invisible; il ne parla point des sept sacrements, des sept vertus, des sept péchés capitaux, des sept douleurs, des Sept béatitudes, des sept sortes de grâces qui répondent aux sept branches du chandelier. Il n'institua point la hiérarchie ecclésiastique. Il cacha à ses contemporains qu'il était le fils de Dieu éternellement engendré, consubstantiel à Dieu, et que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Il ne dit point que, la première femme ayant été persuadée par un serpent de manger une pomme, toute la postérité de cette femme devait naître coupable des plus horribles crimes et vouée aux flammes éternelles. Il ne dit point qu'il était venu racheter les hommes et que cependant il rachèterait ceux-là seuls auxquels il aurait donné une grâce efficace, laquelle peut n'avoir aucune efficacité. Il n'ordonna point à ses disciples de mettre par des paroles son corps tout entier dans un petit morceau de pain, et son sang, à part, dans un gobelet de vin. Si Jésus avait voulu fonder une nouvelle religion, n'en aurait-il pas établi les lois, fixé les rites, organisé la hiérarchie? Mais

des laitues. Moi et mes amis, nous allions prier dans le temple; mes amis même fréquentèrent ce temple après ma mort; en un mot, j'accomplis toutes leurs lois sans en excepter une » (XXXIl, 103).

il ne professait aucun dogme, pas plus que les Juifs, f et il se contenta de prêcher la morale. Tous les dogmes ont été inventés après lui. Dans son enseignement ne paraît nulle trace de ce que nous appelons le christianisme; et la première condition pour être chrétien dans le vrai sens du mot, c'est de ne pas être catholique K

Faut-il, d'autre part, examiner comment les ministres de Jésus imitent sa vie et ses mœurs? Jésus a été pauvre, a fui les honneurs, a chéri rabaissement, les souffrances. Comparons-lui les évêques et le pape. En tout pays, les évêques usurpent sur l'autorité séculière ; ils sont riches ; ils vivent dans la mollesse ^. Quant au pape, il habite un palais magnifique et possède d'immenses revenus. Lui qui devrait être le serviteur des serviteurs de Dieu, il prétend dominer par-dessus les rois, leur donner et leur enlever la couronne selon son bon plaisir. Un fakir des Indes ressemble beaucoup plus à Jésus que le pape. Disons mieux : si le pape fait tout le contraire de ce que fit et commanda le Christ, il est proprement un antéchrist^.

Voltaire, à vrai dire, a souvent mal parlé de Jésus. Il en parle mal toutes les fois qu'il considère, non pas Jésus lui-même, mais le faux christianisme des catholiques.

1. Dict. phiL, Christianisme, XXVIII, 67, Jw^^e, XXX, 505, Tolérance, XXXII, 377; Catéchisme de VHonnête homme, XLI, 111; Questions sur les Miracles, XLII, 179; Homélie du pasteur Boum, XLIV, 373; Dieu et les Hommes, XL VI, 249 sqq.

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