Brunetière, Études critiques, t. IV, p
un Dieu, c'est-à-dire une intelligence supérieure, il se demande si celte intelligence est unie au monde ou si elle en est distincte. Mais comment pourrions-nous le savoir? « Je me vois, dit-il, arrêté tout à coup dans ' ma vaine curiosité. Misérable mortel,... comment connaîtrai-je Fintelligence ineffable qui préside visiblement à la matière entière?... Où est la boussole qui me conduira vers sa demeure éternelle et ignorée? » (XLII, oo5). Dans l'article du Dictionnaire philosophique miïiulé Catéchisme chinois^ Kou ayant interrogé Cu-su,' qui vient de lui prouver Texistence de TÊtre suprême, sur la nature et les attributs de cet Être : « Mon prince, répond le philosophe, je me promenais hier auprès du vaste palais qu'a bâti le roi votre père. J'entendis deux grillons, dont Tun disait à l'autre : Voilà un terrible édifice. Oui, dit l'autre; tout glorieux que je suis, j'avoue que c'est quelqu'un de plus puissant que les grillons qui a fait ce prodige. Mais je n'ai point d'idée de cet être-là; je vois qu'il est, mais je ne sais ce qu'il est » (XXVII, 466). Et Kou, rendant hommage à la modestie de Cu-Su, le loue de se reconnaître ignorante
Sur l'âme, sommes-nous plus avancés? Les sages
i. Cf. Dict. phiL, Dieu. « Les écoles ont beau nous dire que Dieu est infini négativement et non privativement, formaUter et non materialiter, qu'il est le premier, le moyen et le dernier acte, qu'il est partout sans être dans aucun lieu : cent pages de commentaires sur de pareilles définitions ne peuvent nous donner la moindre lumière. Nous n'avons ni degré ni point d'appui pour monter à de telles connaissances. Nous sentons que nous sommes sous la main d'un être invisible; c'est tout, et nous ne pouvons faire un pas au delà. Il y a une témérité insensée à vouloir deviner ce que c'est que cet être » (XXVIII, 361). — IhicL, Infini : « Nous connaissons Dieu par ses effets, nous ne pouvons le connaître par sa nature » (XXX, 363).
auxquels on demande en quoi elle consiste, répondent qu'ils ne le savent point. Telle fut en tout temps la réponse de Voltaire. « Nous avons beaucoup parlé d'âme, dit-il dans Farticle Occultes du Dictionnaire philosophique^ et nous avons toujours confessé notre ignorance. Je ratifie aujourd'hui cette confession avec d'autant plus d'empressement, qu'ayant depuis ce temps beaucoup plus lu, plus médité, et étant plus instruit, je suis plus en état d'affirmer que je ne sais rien » (XXXI, 293). Ce que nous appelons âme, est-ce quelque chose de spirituel, quelque chose d'immortel? Il y a des philosophes qui l'affirment, il y en a d'autres qui le nient. En réalité, personne ne peut le savoir. Nous avons reçu de Dieu l'entendement pour nous bien conduire et non pour pénétrer l'essence des choses *.
Tout ce qui existe en nous ou hors de nous « est une énigme dont il n'est pas donné à l'homme de deviner le mot » (Dict. phiL, Occultes, XXXI, 293). L'homme exerce les puissances du corps et de l'entendement sans les connaître. Lisons ce que nous dit, à l'article Faculté, le grand Dictionnaire encyclopédique : « La faculté vitale une fois établie dans le principe intelligent qui nous anime, on conçoit aisément que celte faculté, excitée par les impressions que le sensorium vital transmet à la partie du sensorium commun, détermine l'influx alternatif du suc nerveux dans les fibres motrices des organes vitaux^ pour faire contracter alternativement ces organes. » Fort bien. De même, à la question : Pourquoi l'opium fait-il dormir? le bachelerius du Malade imaginaire