Dict. phiL, Ame, XXVI
répondait : Parce qu'il a une vertu dormitive. Ne nous moquons point de lui. Voyons plutôt dans cette réponse le dernier mot de la science humaine. Et quelle autre pourrions-nous faire sur n'importe laquelle de nos facultés? Elles sont toutes « à la Diafoirus » *.
Hors de nous, même mystère. Nous ne connaissons rien des phénomènes les plus simples et les plus familiers. « Vous persistez donc dans le goût de la physique? écrit Voltaire à M. de Tressan. Pour moi, j'y ai renoncé, et en voici la raison. Un jour, en soufflant mon feu, je me mis à songer pourquoi du bois faisait de la flamme. Personne ne me Fa pu dire... » (13 févr. 1758)^. Nous ne savons ni en quoi consiste la vie, ni ce que c'est que le mouvement, ni de quelle façon il se communique; nous ignorons comment et pourquoi il y a quelque chose ; nous ne pouvons saisir que des apparences, et sans doute trompeuses. Tout échappe à notre entendement, tout est pour nous qualité occulte ^.
Nous rendre compte de cette ignorance, voilà, selon Voltaire, le principe de la sagesse. Admirant Newton pour son génie sublime, il ne Tadmire guère
1. Dict. phiL, Faculté, XXIX, 313. — En réalité, c'est Argan et non Diafoirus qui fait la réponse citée par Voltaire.
2. Cf. Dict. phil., Bo-rnes de VEsprit humain : « Quelqu'un a-t-il jamais pu dire précisément comment une bûche se change dans son foyer en charbon ardent et par quelle mécanique la chaux s'enflamme avec de l'eau fraîche? Le premier principe du mouvement du cœur dans les animaux est-il bien connu"? Sait-on bien nettement comment la génération s'opère? A-t-on deviné ce qui nous donne les sensations, les idées, la mémoire? Nous ne connaissons pas plus l'essence de la matière que les enfants qui en touchent la superficie » (XXVII, 402).