‹ Voltaire, philosopheChapitre 84 sur 135 · Dict. phiL, Dieu, XXVIII, 395 sqq · texte numérisé non relu

Dict. phiL, Dieu, XXVIII, 395 sqq

naître, ne nous sert point à l'accomplir. Tandis quq les théologiens se querellent sur la nature de Dieu^ servons Dieu, quelle que soit sa nature, en cultivant la vertu, en étant justes et bienfaisants. La théologie ne produit que des sectaires ; accordons-nous dans la morale. Aux « théologiens particuliers », opposons « le théologien universel » (Dict. phil., Grâce, XXXy 122), le véritable philosophe, qui se contente d'adorer Dieu et de bien agir ^

Autant les dogmes sont obscurs, autant est claire la morale. Ici, pas de difficultés. Pas de querelles non plus, pi la dogmatique divise les hommes, la morale les unit, à quelque race qu'ils appartiennent, et fait de l'humanité tout entière une seule et même famille.

« Il n'y a pas deux morales » {Dici. phil., Aristote, XXVII, 32), c'est un point sur lequel Voltaire a souvent insisté, un de ceux qui lui tiennent le plus au cœur. Le Beau ayant écrit dans son Histoire du Bas-Empire que les païens ne concevaient aucune idée de la morale chrétienne : « Ah ! monsieur Le Beau, proteste Voltaire, où avez-vous pris cette sottise?... Il n'y a qu'une morale, monsieur Le Beau, comme il n'y a qu'une géométrie » {Dict. phil., Morale, XXXI, 261). Sans doute, la géométrie est ignorée de beaucoup d'hommes; mais tous, dès qu'ils s'y appliquent, en reconnaissent la vérité. De même, la plupart des hommes n'ont lu ni le De finibus ni V Éthique; mais les plus belles maximes de Cicéron et d'Aristote sont pourtant imprimées dans leur conscience.

A vrai dire, les rites et les pratiques de la morale

1. Dict. phiL, Éducation, XXIX, 4 sqq., Théologie, XXXII, 362 sqq.; Homélie sur la Communion, XLV, 306 sqq.; Hist. de Jenni, XXXIV, 350 sqq.

varient de peuple à peuple, de siècle en siècle. Voltaire lui-môme le fait souvent remarquer. Ce qui est crime en Europe, écrit-il à Frédéric, sera vertu en Asie, « de même que certains ragoûts allemands ne plairont point aux gourmands de France » (oct. 1737 ; LU, 52:2). Pareillement, dans le poème de la Loz naturelle :

Les lois que nous faisons, fragiles, inconstantes, Ouvrages d'un moment, sont partout ditTérentes. Jacob chez les Hébreux put épouser deux sœurs; David, sans oITenser la décence et les mœurs, Flatta de cent beautés la tendresse importune; Le pape au Vatican n'en peut posséder une... Usages, intérêts, culte, lois, tout dilîère '.

Bien plus, le vol, le meurtre, et jusqu'au parricide, sont, dans certains pays, regardés comme légitimes. A Lacédémone, on félicitait les voleurs adroits. Il y a en Afrique certaines peuplades chez lesquelles, d'après les récits des voyageurs, le fils mange son père; et beaucoup de tribus sauvages tuent leurs prisonniers de guerre pour s'en nourrir.

Cependant la morale, au fond, ne varie point. Que l'on pût chez les anciens juifs, que Ton puisse encore chez telle et telle nation épouser deux sœurs ou avoir dix, vingt femmes, ce sont là des conventions, des coutumes arbitraires qui n'ont pas de rapport avec l'essence même de la morale. Et pourquoi Lacédémone honorait-elle le vol? Il faut se rappeler que les biens y étaient communs; par suite, quand des avares réservaient à leur usage ce que la loi distribuait entre tous, on servait le public en les dérobant.

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