‹ Voltaire, philosopheChapitre 91 sur 135 · DicL phiL, Vertu, XXXII · texte numérisé non relu

DicL phiL, Vertu, XXXII

2. « Le mensonge, écrit Voltaire à Thiériot, n'est un vice qu quand il fait du mal; c'est une très grande vertu quand il fai du bien. Soyez plus vertueux que jamais. Il faut mentir comm un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mai hardiment et toujours... Mentez, mes amis, mentez » (21 oc 1736). — On a plus d'une fois cité ce passage en l'isolan comme si Voltaire y faisait l'apologie générale du mensonge Mais ce n'était là qu'une badinerie inoffensive, le ton même e témoigne. Et d'ailleurs quel mensonge recommande-t-il à se

Secondement, et dans un autre ordre d'idées, faire de l'utilité commune la seule mesure du bien et du mal, c'est justifier, en politique, un régime oppressif qui donnerait à l'État toute licence contre les individus. Mais ce reproche, il faut bien le dire, s'adresserait à Jean-Jacques plutôt qu'à Voltaire. Foncièrement individualiste, l'auteur du Contrat social pose cependant en principe l'aliénation complète du citoyen à la communauté; et, malgré les réserves qu'il multiplie par la suite, on trouve dans son livre certaines propositions d'où réussirait un socialisme tyrannique. Quant à Voltaire, son culte pour l'institution civile ne l'empêche pas de maintenir contre la société les droits inviolables de chaque citoyen. Il n'a garde de transporter dans la politique une maxime qui, même dans la morale, peut être mal interprétée.

Quoi qu'il en soit, l'idée à laquelle se ramène l'œuvre de Voltaire philosophe et moraliste, c'est que l'homme est un être éminemment sociable.

Des rhéteurs sans vergogne peuvent bien abuser ie leur esprit en préconisant pour l'homme la vie sohtaire du loup cervier : selon Voltaire, la sociabilité 3st un instinct essentiel de l'espèce humaine, comme 3lle l'est aussi de quelques autres espèces animales, nais avec cette différence que la raison chez nous le brtifîe. Les harengs nagent par bandes, et personne l'oserait dire qu'ils soient faits pour nager chacun à Dart. Ne disons pas non plus que les hommes soient *aits pour rester isolés les uns des autres. Leur instinct

imis? La comédie de V Enfant prodigue avait été récemment ouée sans que l'auteur se déclarât; il leur recommande de ne )as le trahir et de détourner les soupçons.

les porte à s'unir comme il les porte à manger et à boire ^

Et qui peut après cela mettre eu doute que la société humaine ne date des premiers temps? Elle est « aussi ancienne que le monde » [Dict. phil., XXXI, 457).

Jean-Jacqueg Rousseau parle de je ne sais quel état de nature : absurde chimère, qu'imagine ce misanthrope pour les besoins de sa thèse. « Parmi tant de nations si différentes de nous et si différentes entre elles, on n'a jamais trouvé d'hommes isolés, solitaires, errants à l'aventure à la manière des animaux, s'accouplant comme eux au hasard et quittant leurs femelles pour chercher seuls leur pâture » (Essai sur les Mœurs, XVII, 403). Un bachelier ayant demandé à un sauvage si beaucoup de ses congénères ne passaient pas leur vie dans la solitude, celui-ci répondit qu'il n'en avait jamais vu de tels, que les

i. Dict. phil., Homme, XXX, 241. — Cf. Traité de Métaphysique : « Tout animal est toujours entraîné par un instinct invincible à tout ce qui peut tendre à sa conservation... Les animaux les plus sauvages et les plus solitaires sortent de leurs tanièree quand l'amour les appelle et se sentent liés pour quelques mois par des chaînes invisibles à des femelles et à des petits.. D'autres espèces sont formées par la nature pour vivre tou jours ensemble, les unes dans une société réellement policée comme les abeilles, les fourmis, les castors et quelques espèce; d'oiseaux; les autres sont seulement rassemblées par un instinc plus aveugle qui les unit sans objet et sans dessein apparent comme les troupeaux sur la terre et les harengs dans la mer L'homme n'est pas certainement poussé par son instinct à forme une société policée telle que les fourmis et les abeilles. Mais, i considérer ses besoins, ses passions et sa raison, on voit biei qu'il n'a pas dû rester longtemps dans un état entièrement sau vage. Il suffit, pour que l'univers soit ce qu'il est aujourd'hui qu'un homme ait été amoureux d'une femme », etc. (XXXVU 329).

lafcns de son pays vivaient en société. — « Gomment,

fpu société! Vous avez donc de belles villes murées,

? des rois qui tiennent une cour, des spectacles, des

' couvents, des universités, des bibliothèques et des

cabarets? — Non; est-ce que je n'ai pas ouï dire que,

dans votre continent, vous avez des Arabes, des

Scythes, qui n'ont jamais rien eu de tout cela et qui

forment cependant des nations considérables? Nous

vivons comme ces gens-là... — Mais, monsieur, vous

ne tes donc pas sauvage? — Je ne sais ce que vous

entendez par ce mot. — En vérité, ni moi non plus.

Il faut que j'y rêve. » [Entreliens d'un Sauvage et d'un

Bachelier, XL, 352) ^

Si le genre de vie que certains nous vantent sous le nom d'état sauvage était véritablement naturel à Ihomme, Fétat de société serait donc une sorte de déchéance. Et en eftet Jean-Jacques soutenait que l'état social pervertit Thomme et le dégrade. C'est un des points sur lesquels Voltaire Ta pris à partie avec le plus de vivacité.

1. Cf. Essai SU)' les Mœurs : « Entendez-vous par sauvages des rustres vivant dans des cabanes avec leurs familles et quelques animaux, exposés sans cesse à toute l'intempérie des saisons, ne connaissant que la terre qui les nourrit et le marché où ils vont quelquefois vendre leurs denrées pour y acheter quelques habillements grossiers?... Il y a de ces sauvages-là dans toute l'Euroiie. Il faut convenir surtout que les peuples du Canada et les Cafres, qu'il nous a plu d'appeler sauvages, sont infiniment supérieurs aux nôtres... Entendez- vous par sauvages des animaux à deux pieds, marchant sur les mains dans le besoin, isolés, errant dans les forêts,... vivant en brutes sans avoir ni l'instinct ni les ressources des brutes? On a écrit que cet état est le véritable état de l'homme, et que nous n'avons fait que dégénérer misérablement depuis que nous l'avons quitté. Je ne 'l'ois pas que cette vie solitaire attribuée à nos pères soit dans l.i nature liumaine » (XV, 28, 29).

Malgré son culte pour la civilisation, Voltaire ne conteste pourtant pas qu'elle ne favorise le développement de certains vices. Il fait à Jean-Jacques toutes les concessions raisonnables en montrant ce que la nature a de fort et de bon comme ce qu'elle a de grossier, de fruste, de brutal, et ce que la civilisation, avec tous les bienfaits dont nous lui sommes redevables, a de factice ou même de corrupteur. Tel est le sujet de l'Ingénu. Quand le jeune Huron, ayant obtenu la main de la belle Saint-Yves, entre dans la chambre de sa fiancée et veut Tépouser sur-le-champ, on arrive facilement à lui faire comprendre que, s'il allègue le privilège de la loi naturelle, cette loi, sans les conventions faites entre les hommes, serait la plupart du temps un brigandage. Mais, d'un autre côté, soit en matière de religion, soit en matière de morale ou même d'art, son bon sens et son bon goût innés le défendent contre les préjugés, les raffinements et les vices de la civilisation.

Devons-nous penser que Voltaire ait subi, en écrivant ce roman, l'inlluence de Rousseau? Avant de lire Rousseau comme après, il croyait que la nature de rhomme est plutôt bonne, même si nous avons de mauvais instincts, et que l'état social donne lieu à ces mauvais instincts de se produire et de s'exercer. Mais, après avoir lu Rousseau comme avant, il resta l'apologiste de l'institution civile, et, sans en méconnaître les inconvénients, s'attacha de préférence à en montrer les avantages.

Ce fut toujours un lieu commun, chez les peuples très civilisés, de vanter les vertus des peuples primitifs. Voltaire lui-même, une fois au moins, n'y a

'3as manqué. Il écrit à Damilaville que sa tragédie les Scythes est « une opposition continuelle » entre es mœurs d'un peuple libre et les mœurs des courisans (17 déc. 176G); et, dans la préface de cette pièce, il déclare avoir voulu mettre « Tétat de lature » en contraste avec « Tétat de Thomme artiiriel » {VIII, 189). Voici comment le Scythe Indatire parle au prince d'Ecbatane, Athamare:

Que rhommc soit esclave aux champs de la Médie, Qu'il rampe, j'y consens; il est libre en Scythie. Au moment qu'Obéide honora de ses pas Le tranquille horizon qui borde nos États, La liberté, la paix, qui sont notre apanage, L'heureuse égalité, les biens du premier âge, Ces biens que des Persans aux mortels ont ravis. Ces biens, perdus ailleurs et par nous recueillis, De la belle Obéide ont été le partage.

Mais, même dans les Scythes, Voltaire n'adopte pourtant pas la théorie de Rousseau. Et ces Scythes que glorifie Indatire, Obéide nous les peint comme des brutes et des monstres ^

1. Cf. Essai sur les Mœurs : « Pourquoi Quinte-Curce, en parlant des Scythes,... met-il une harangue philosophique dans la bouche de ces barbares? Pourquoi suppose-t-il qu'ils reprochent à Alexandre sa soif de conquérir? Pourquoi leur fait-il dire qu'Alexandre est le plus fameux voleur de la terre, eux qui avaient exercé le brigandage dans toute l'Asie si longtemps avant lui?... Il parle du prétendu désintéressement des Scythes en déclamateur.

« Si Horace, en opposant les mœurs des Scythes à celles des Romains, fait en vers harmonieux le panégyrique de ces barbares,.,, c'est qu'Horace parle en poète un peu satirique, qui est bien aise d'élever des étrangers aux dépens de son pays. C'est par la même raison que Tacite s'épuise à louer les barbares Germains... Les Scvthes sont les mêmes barbares que nous

Moi, complaire à ce peuple, aux monstres de Scythie!

A ces brutes humains pétris de barbarie,

A ces âmes de fer, et dont la dureté

Passa longtemps chez nous pour noble fermeté.

Dont on chérit de loin l'égalité paisible

Et chez qui je ne vois qu'un orgueil inflexible,

Une atrocité morne!

J'ai fui pour ces ingrats la cour la plus auguste, Un peuple doux, poli, quelquefois trop injuste, Mais généreux, sensible, etc.

Et un peu plus loin :

.... Telles sont leurs âmes inhumaines; Tel est l'homme sauvage à lui-même laissé, etc.

Quelques vices que produise la civilisation, les hommes n'ont point perverti Tordre de la nature en formant des sociétés; pour soutenir un tel paradoxe, il faut être atteint de folie. C'est le soi-disant état de nature qui avilirait et dégraderait le genre humain. Jean-Jacques et les déclamateurs à sa suite peuvent s'en aller chez les sauvages : ils seront bientôt comme eux, ils perdront tout ce qui fait la supériorité de l'homme sur la brute, ils ne penseront plus et c'est à peine s'ils conserveront l'usage de la parole*.

avons depuis appelés Tartares; ce sont ceux-là mêmes qui, longtemps avant Alexandre, avaient ravagé plusieurs fois l'Asie... Voilà ces hommes désintéressés et justes », etc. (XV, 64 sqq.).

1. Dict. phil., Homme, XXX, 241. — Cf. ibid., 248 : « Que serait l'homme dans l'état qu'on nomme de pure nature? Un animal fort au-dessous des premiers Iroquois qu'on trouve dans le Nord de l'Amérique. Il serait très inférieur à ces Iroquois, puisque ceux-ci savent allumer du feu et se faire des flèches... L'homme abandonné à la pure nature n'aurait pour tout langage que quelques sons mal articulés. L'espèce serait réduite à un très ])etit nombre par la difficulté de la nourriture et par le défaut des secours, du moins dans nos tristes climats... L'espèce

MORALE i97

En 1750 avait paru le Discours de Rousseau contre les lettres et les arls. L'année suivante, Voltaire publie le petit dialogue intitulé Timon. Timon déteste les écrivains comme des corrupteurs; il maudit la civilisation, il abomine la science ; il se dispose à partir pour le pays des Iroquois. Cependant, quelques jours avant son départ, il rencontre un de ses amis avec lequel il va dîner dans un château voisin. Près d'un bois, tous deux sont dépouillés par des voleurs, qui sans doute n'avaient suivi les cours d'aucune université. Puis, ils arrivent presque nus chez leur hôte, un très savant homme; on les y habille, on leur prête de l'argent, on leur fait bonne chère, on ne les égorge pas le moins du monde. Mais, au sortir du repas. Timon prend tout de même sa plume pour écrire un virulent libelle contre les philosophes et les gens de lettres ^

Quatre ans après son premier Discours, Rousseau en publie un second, encore plus agressif. Voltaire, auquel il l'adresse, lui répond plaisamment qu' « on n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bêtes » [Lettre à Rousseau, 30 août 1755). Sous une forme ironique, sa lettre fait entendre des vérités qui lui sont chères, et qu'il a exprimées autre part avec une chaleureuse éloquence. Elle dénonce le sophisme sur lequel le rhéteur genevois fondait sa thèse en opposant l'une à l'autre la nature et la civilisation.

Contre Rousseau et ses disciples, Voltaire soutient que la civilisation est naturelle. Ceux qui ne suivent

des castors serait très préférable ». — Cf. encore Siècle de Louis XV, XXI, 431. 1. XXXIX, 365 sqq.

pas la nature ou qui la suivent mal, ce sont les sauvages. Issue de la société, pour laquelle Dieu nous a fait naître, la civilisation développe les hommes selon leurs instincts. N'opposons pas plus la société des hommes à leur nature que nous n'opposons la société des abeilles à la nature des abeilles. Ceux qui suivent la loi naturelle, ce sont ceux qui civilisent le genre humain, qui inventent ou perfectionnent les arts, qui proposent de bonnes lois, qui rendent la vie en commun plus sage ou plus facile*.

Si rhomme est véritablement homme en tant qu'animal sociable, nous ne considérerons comme véritablement humaines ni les vertus que prêche le catholicisme, ni même la plupart de celles qu'enseigna la philosophie antique. Une vertu inutile à la société ne mérite pas ce nom.

Les catholiques distinguent trois vertus, dites théologales : l'espérance, la foi et la charité.

Certes l'espérance est pour l'homme d'un prix inestimable. Elle nous fait jouir de ce que nous n'avons pas encore, de ce que, peut-être, nous n'aurons jamais; et, fût-ce en nous trompant, elle nous donne des plaisirs qui ne sont point illusoires. Mais devonsnous la qualifier pour cela de vertu ? A vrai dire, elle ne l'est pas plus que la crainte; car « on craint ou on espère selon qu'on nous promet ou qu'on nous menace » [Dict. phiL, Vertu, XXXII, 450). D'une part, espérer ce qui n'arrivera pas, c'est une duperie; et, quoique cette duperie allège et console notre existence, nous ne pouvons cependant y rien voir de vertueux. Mais d'autre part, quand on sait qu'une

i. A,B,C, XLV, 64 sqq.

:hose arrivera, comment serait-ce vertu que de 'espérer?

La foi ne passe chez les chrétiens pour une vertu )arce qu'ils entendent ce mot dans un sens tout )articulier. Dans quel sens? La foi chrétienne neconiste pas à croire une vérité reconnue par la raison; tiiisi, croire que deux et deux font quatre, ou qu'il ■xiste un Être suprême, on n'y a aucun mérite et ce icst pas là de la foi. Elle consiste à tenir pour vraie me chose que notre raison rejette. Or, si nous l'avons aucun mérite de croire la chose qui nous )araît vraie, en avons-nous de croire celle qui nous )araît fausse? Il semble, au contraire, que nous le devions rien admettre sans l'avoir examiné. « Un lomme qui reçoit sa rehgion sans examen ne diffère )as d'un bœuf qu'on attelle » (Examen important^ CLIII, 45). Nous tenons de Dieu la raison; c'est une )ffense à Dieu que de ne pas nous en servir.

Aussi bien ceux qui disent avoir la foi, sont en •éalité des menteurs, ou, du moins, ils se font illu- «ion à eux-mêmes. Voici par exemple le Turc Musapha. Il prétend croire que l'ange Gabriel descendit le l'EmpATée pour apporter à Mahomet des feuillets lu Coran écrits en lettres d'or. Et, quand on lui lemande ses raisons de le croire, il allègue pour preuves que les préceptes et les dogmes de la religion nusulmane sont la perfection même de la sagesse, jue cette religion a été d'ailleurs confirmée par des niracles, et enfin qu'elle a converti la moitié de la erre. Fort bien. Cependant, si vous lui faites quelque lifficulté sur les visites de l'ange Gabriel chez le ^rophète, voilà Mustapha qui commence à bégayer, •t ses bégaiements trahissent un doute. Y croyez-

VOUS, lui demande- t-on, comme vous croyez que la ville de Stamboul existe? Il se trouble. Le fond de ses discours est qu'il croit sans croire. Il se dit : « C'est impossible et pourtant c'est vrai; je crois ce que je ne crois pas ». Accoutumé à prononcer, avec son mollah, certaines paroles dont le sens lui échappe, il s'aperçoit, en y réfléchissant qu'il n'a jamais cru*.

On ne peut croire que d'instinct, ou bien après un raisonnement, ou bien en vertu de probabilités qui équivalent à la certitude. Mais la foi n'est rien de tout cela. Donc elle ne saurait être une croyance. Et qui croit par exemple que trois personnes en fassent une seule? Celui qui prétend croire à la Trinité se ment à soi-même. Quand il dit : « Je crois », cela signifie qu'il respecte les mystères, qu'il se dessaisit de sa raison. A proprement parler, il ne croit point. Une incrédulité soumise, voilà sa foi^.

Quant à la charité, elle est sans doute, lorsqu'on l'entend bien, la plus belle de toutes les vertus. Mais comment l'entend-on? D'abord, nous avons avili ce mot divin en faisant decariias, originairement amoMr, « le terme infâme... qui signifie l'aumône » (Lettre à M°^^ du Deffand, 20 janv. 1769). Puis, si la charité, comme nous l'apprennent les théologiens, consiste à aimer les hommes par rapport à Dieu, l'on peut craindre qu'elle ne cesse d'être une vertu humaine. Pourquoi donc ne pas aimer les hommes en tant qu'hommes. Dieu en tant que Dieu? Ensuite elle semble, ainsi comprise, impliquer l'idée d'une récom-

1. Dict. p/iil.'. Croire, XXVIII, 258 sqq., Sens commun, XXXII, 214, 215.

2. Ibid., Foi, XXXIX, 443 ; Dernières Remarques sur les Pensées de Pascal, L, 373.

? pense en vue de laquelle on la pratique; dans le dia-

i logue entre TExcrément de théologie et THonnête

: homme, quand celui-ci a dit que la bienfaisance est la

seule vraie vertu : « Quelque sot! répond l'autre.

. Vraiment oui, j'irai me donner bien du tourment pour

servir les hommes, et il ne m'en reviendrait rien!

Chaque peine mérite salaire. Je ne prétends pas faire

la moindre action honnête, à moins que je ne sois sûr

du paradis » (Dict. phiL, Vertii^ XXXÏI, 451).

La charité, d'ailleurs, peut rester inactive, et dès lors que vaut-elle"? Mais quand elle agit, ceux qui en sont l'objet trouvent parfois que ses pratiques manquent d'aménité.

Un doux inquisiteur, un crucifix en main. Au feu par charité fait jeter son prochain.

{Loi naturelle, XII, 168.)

Il y eut en Danemark une secte parmi laquelle cette vertu chrétienne était en singulier honneur. Comme les enfants qui meurent tout de suite après le baptême doivent jouir de la félicité et de la gloire éternelles, son zèle charitable ne trouvait rien de mieux que d'égorger le plus possible d'enfants nouvellement baptisés afin de leur procurer le paradis *.

La foi, l'espérance et la charité peuvent bien faire des saints. Mais Voltaire, pour son compte, n'apprécie les saints que s'ils se rendent utiles. « Mon saint à moi, dit-il, c'est Vincent de Paule, c'est le patron des fondateurs. Il a laissé plus de monuments utiles que son souverain Louis XIII. Au milieu des guerres de la Fronde, il fut également respecté des deux partis. Lui

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