HISTOIRE DE L EMPIRE DE RUSSIE. IOÇ
titre; il fit construire par des Hollandais et des Vénitiens des barques longues, et même deux vaisseaux d'environ trente pièces de canon, à l'embouchure de la Veronise, qui se jette dans le Tanaïs; ces vaisseaux pouvaient descendre le fleuve, et tenir en respect les Tartares de la 5 Crime'e. Les hostilités avec ces peuples se renouvelaient tous les jours. Le czar avait à choisir, en 1689, entre la Turquie, la Suède et la Chine, à qui il ferait la guerre. Il faut commencer par faire voir en quels termes il était avec la Chine, et quel fut le premier traité de paix 10
que firent les Chinois.
Vol. XVI, 442-447.
Guerre contre la Suède. Bataille de Narva. {Année 1700.) — Toute l'Europe sait comment Charles XII, n'ayant pas dix-huit ans accomplis, alla attaquer tous ses ennemis l'un après l'autre, descendit dans le Danemark, 15 finit la guerre de Danemark en moins de six semaines, envoya du secours à Riga, en fit lever le siège, et marcha aux Russes devant Narva, au milieu des glaces, au mois de novembre.
Le czar, comptant sur la prise de la ville, était allé à 20 Novogorod, amenant avec lui son favori Menzikoff, alors . lieutenant dans la compagnie des bombardiers du régiment Préobazinski, devenu depuis feld-maréchal et prince, homme dont la singulière fortune mérite qu'on en parle ailleurs avec plus d'étendue. 25
Pierre laissa son armée et ses instructions pour le siège au prince de Croï, originaire de Flandre, qui depuis peu était passé à son service.1 Le prince Dolgorouki fut le commissaire de l'armée. La jalousie entre ces deux chefs et l'absence du czar furent en partie cause de la 30 défaite inouïe de Narva. Charles XII ayant débarqué à Pernaw en Livonie avec ses troupes, au mois d'octobre,
s'avance au nord à Revel, défait dans ces quartiers un corps avancé de Russes. Il marche et en bat encore un autre. Les fuyards retournent au camp devant Narva, et y portent l'épouvante. Cependant on était déjà au mois
5 de novembre. Narva, quoique mal assiégée, était prête de se rendre. Le jeune roi de Suède n'avait pas alors avec lui neuf mille hommes, et ne pouvait opposer que dix pièces d'artillerie à cent quarante-cinq canons dont les retranchements des Russes étaient bordés. Toutes
io les relations de ce temps-là, tous les historiens sans exception, font monter l'armée russe devant Narva à quatrevingt mille combattants. Les Mémoires qu'on m'a fait tenir disent soixante, d'autres quarante mille: quoi qu'il en soit, il est certain que Charles n'en avait pas neuf
15 mille, et que cette journée est une de celles qui prouvent que les grandes victoires ont souvent été remportées par le plus petit nombre depuis la bataille d'Arbelles. 1
Charles ne balança pas à attaquer avec sa petite troupe cette armée si supérieure ; et, profitant d'un vent violent
20 et d'une grosse neige que ce vent portait contre les Russes, il fondit dans leurs retranchements à l'aide de quelques pièces de canon avantageusement postées. Les Russes n'eurent pas le temps de se reconnaître au milieu de ce nuage de neige qui leur donnait au visage, fou-
25 droyés par les canons qu'ils ne voyaient pas, et n'imaginant point quel petit nombre ils avaient à combattre.
Le duc de Croï voulut donner des ordres, et le prince Dolgorouki ne voulut pas les recevoir. Les officiers russes se soulèvent contre les officiers allemands; ils
30 massacrent le secrétaire du duc, le colonel Lyon, et plusieurs autres. Chacun quitte son poste; le tumulte, la confusion, la terreur panique se répand dans toute l'armée. Les troupes suédoises n'eurent alors à tuer que