DIEU, DIEUX
De la nécessité de croire un Etre suprême. — De quoi s'agitil dans notre dispute? de consoler notre malheureuse existence. Qui la console ? vous, ou moi ?
Vous avouez vous-même, dans quelques endroits de
5 votre ouvrage,1 que la croyance d'un Dieu a retenu quelques hommes sur le bord du crime: cet aveu me suffit. Quand cette opinion n'aurait pre'venu que dix assassinats, dix calomnies, dix jugements iniques sur la terre, je tiens que la terre entière doit l'embrasser.
10 La religion, dites-vous, a produit des milliasses de forfaits; dites la superstition, qui règne sur notre triste globe; elle est la plus cruelle ennemie de l'adoration pure qu'on doit à l'Etre suprême. Détestons ce monstre qui a toujours déchiré le sein de sa mère : ceux qui le combattent
15 sont les bienfaiteurs du genre humain; c'est un serpent qui entoure la religion de ses replis: il faut lui écraser la tête sans blesser celle qu'il infecte et qu'il dévore.
Vous craignez «qu'en adorant Dieu on ne redevienne bientôt superstitieux et fanatique»; mais n'est-il pas à
20 craindre qu'en le niant on ne s'abandonne aux passions les plus atroces et aux crimes les plus affreux? Entre ces deux excès, n'y a-t-il pas un milieu très raisonnable? Où est l'asile entre ces deux écueils? le voici: Dieu, et des lois sages.
25 Vous affirmez qu'il n'y a qu'un pas de l'adoration à la superstition. Il y a l'infini pour les esprits bien faits: et ils sont aujourd'hui en grand nombre; ils sont à la tête des nations, ils influent sur les mœurs publiques; et d'année en année le fanatisme, qui couvrait la terre, se
30 voit enlever ses détestables usurpations.