SERMON DES CINQUANTE
25 Cinquante personnes instruites, pieuses, et raisonnables, s'assemblent depuis un an tous les dimanches dans une ville peuplée et commerçante: elles font des prières,
après lesquelles un membre de la société prononce un discours; ensuite on dîne, et après le repas on fait une collecte pour les pauvres. Chacun préside à son tour; c'est au président à faire la prière et à prononcer le sermon. Voici une de ces prières et un de ces sermons. 5
Si les semences de ces paroles tombent dans une bonne terre, on ne doute pas qu'elles ne fructifient.
Prière. — Dieu de tous les globes et de tous les êtres, la seule prière qui puisse vous convenir est la soumission : car que demander à celui qui a tout ordonné, tout 10 prévu, tout enchaîné, depuis l'origine des choses? Si pourtant il est permis de représenter ses besoins à un père, conservez dans nos cœurs cette soumission même, conservez-y votre religion pure; écartez de nous toute superstition : si l'on peut vous insulter par des sacrifices 15 indignes, abolissez ces infâmes mystères; si l'on peut déshonorer la Divinité par des fables absurdes, périssent ces fables à jamais; si les jours du prince et du magistrat ne sont point comptés de toute éternité, prolongez la durée de leurs jours; conservez la pureté de nos mœurs, 20 l'amitié que nos frères se portent, la bienveillance qu'ils ont pour tous les hommes, leur obéissance pour les lois, et leur sagesse dans la conduite privée; qu'ils vivent et qu'ils meurent en n'adorant qu'un seul Dieu, rémunérateur du bien, vengeur du mal, un Dieu qui n'a pu naître ni 25 mourir, ni avoir des associés, mais qui a dans ce monde trop d'enfants rebelles.
Sermon. — Mes frères, la religion est la voix secrète de Dieu, qui parle à tous les hommes; elle doit tous les réunir, et non les diviser: donc toute religion qui n'ap- 30 partient qu'à un peuple est fausse. La nôtre est clans son principe celle de l'univers entier, car nous adorons un Etre suprême comme toutes les nations l'adorent, nous
pratiquons la justice que toutes les nations enseignent, et nous rejetons tous ces mensonges que les peuples se reprochent les uns aux autres. Ainsi, d'accord avec eux dans le principe qui les concilie, nous différons d'eux
5 dans les choses où ils se combattent.
Il est impossible que le point dans lequel tous les hommes de tous les temps se réunissent ne soit l'unique centre de la vérité, et que les points dans lesquels ils diffèrent tous ne soient les étendards du mensonge. La
io religion doit être conforme à la morale, et universelle comme elle: ainsi toute religion dont les dogmes offensent la morale est certainement fausse.
Vol. XXIV, 438, 439-