‹ Voltaire's proseChapitre 70 sur 99 · AVIS AU PUBLIC SUR LES PARRICIDES IMPUTÉS AUX CALAS ET AUX S1RVEN · texte numérisé non relu

AVIS AU PUBLIC SUR LES PARRICIDES IMPUTÉS AUX CALAS ET AUX S1RVEN

La tolérance peut seule rendre la société' supportable. — C'est une passion bien terrible que cet orgueil qui veut forcer les hommes à penser comme nous; mais' n'est-ce pas une extrême folie de croire les ramener à nos dogmes en les révoltant continuellement par les calomnies les 5 plus atroces, en les persécutant, en les traînant aux galères, à la potence, sur la roue et dans les flammes?

Un prêtre irlandais * a écrit depuis peu, dans une brochure à la vérité ignorée, mais enfin il a écrit, et il a entendu dire à d'autres, que nous venons cent ans trop 10 tard pour élever nos voix contre l'intolérance, que la barbarie a fait place à la douceur, qu'il n'est plus temps de se plaindre. Je répondrai à ceux qui parlent ainsi : Voyez ce qui se passe sous vos yeux, et si vous avez un cœur humain vous joindrez votre compassion à la nôtre. 15 On a pendu en France huit malheureux prédicants, depuis l'année 1745. Les billets de confession ont excité mille troubles; et enfin un malheureux fanatique2 de la lie du peuple, ayant assassiné son roi en 1757, a répondu devant le parlement, à son premier interrogatoire, qu'il avait 20 commis ce parricide par principe de religion; et il a ajouté ces mots funestes: «Qui n'est bon que pour soi n'est bon à rien.» De qui les tenait-il? qui faisait parler ainsi un cuistre de collège, un misérable valet? Il a soutenu à la torture, non seulement que son assassinat 25 était «une oeuvre méritoire», mais qu'il l'avait entendu dire à tous les prêtres dans la grand'salle du Palais où l'on rend la justice.

La contagion du fanatisme subsiste donc encore. Ce poison est si peu détruit qu'un prêtre1 du pays des Calas et des Sirven2 a fait imprimer, il y a quelques anne'es, 'l'apologie de la Saint-Barthélémy. Un autre3 a publié la

5 justification des meurtriers du curé Urbain Grandier;4 et quand le Traité aussi utile qu'humain de la Tolérance^ a paru en France, on n'a pas osé en permettre le débit publiquement. Ce traité a fait à la vérité quelque bien; il a dissipé quelques préjugés; il a inspiré de l'horreur pour

10 les persécutions et pour le fanatisme; mais, dans ce tableau des barbaries religieuses, l'auteur a omis bien des traits qui auraient rendu le tableau plus terrible, et l'instruction plus frappante.

Vol. XXV, 523, 524.

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