À MESSIEURS DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
(1764.) Messieurs,
J'ai l'honneur de vous dédier cette édition des ouvrages
d'un grand génie, à qui la France et notre compagnie
doivent une partie de leur gloire. Les Commentaires qui
5 accompagnent cette édition seraient plus utiles si j'avais pu recevoir vos instructions de vive voix. Vous avez bien voulu m'éclairer quelquefois par lettres sur les difficultés de la langue; vous m'auriez guidé non moins utilement sur le goût. Cinquante ans d'expérience m'ont
10 instruit, mais ont pu m'égarer; quelques-unes de vos séances m'en auraient plus enseigné qu'un demi-siècle de mes réflexions.
Vous savez, messieurs, comment cette édition fut entreprise: ce que j'ai cru devoir au sang de Corneille était
15 mon premier motif; le second est le désir d'être utile aux jeunes gens qui s'exercent dans la carrière des belleslettres, et aux étrangers qui apprennent notre langue. Ces deux motifs me donnent quelques droits à votre indulgence. Je vous supplie, messieurs, de me continuer
20 vos bontés, et d'agréer mon profond respect.
Vol. XXXI, 177.