ACTE QUATEIBMB Scène I
ZAÏRE, FATIHE.
FATIME
Que je Yons plains, madame, et que je tous admire! C'est le Dieu des chrétiens, c'est Dieu qui tous inspire. 2010 n donnera la force à vos bras languissants, De briser des liens si chers et si puissants.
ZAÏBE.
Eh! pournd-je achever ce fatal sacrifice?
FATIHE.
Vous demandez sa grâce, il vous doit sa justice.
De votre cœur docile il doit prendre le soin. 1015
ZAÏBE.
Jamais de son appui je n'eus tant de besoin.
FATIME
Si vous ne voyez plus votre auguste famille,
Le Dieu que vous servez vous adopte pour fille;
Vous êtes dans ses bras; il parle à votre cœur;
Et quand ce saint pontife, organe du Seigneui°, iobo
Ne pourrait aborder dans ce palais profane . • •
ZAÏBE.
Âhl j'ai porté la mort dans le sein d'Orosmanel J'ai pu désespérer le cœur de mon amant!
Quel outrage, Fatime, et quel affreux moment! Mon Dieu, vous l'ordonnez! . . • j'eusse été trop iobs heureuse! . . .
FATIME
Quoi! regretter enoor cette chaîne honteuse I Hasarder" la yictoire, ayant tant combattu!
ZAÏBE.
Victoire infortunée! inhumaine vertu !
Non, tu ne connais pas ce que je sacrifie.
1060 Cet amour si puissant, ce charme de ma vie, Dont j'espérais, hélas! tant de félicité, Dans toute son ardeur n'ayait point éclaté.
Fatime, j'offre à Dieu mes blessures cruelles; Je momlle devant lui de larmes criminelles '. .
1005 Ces lieux où tu m'as dit qu'il choisit son séjour; Je lui crie en pleurant: Ote-moi mon amour, Arrache-moi mes vœux, remplis-moi de toi-même; Mais, Fatime, à l'instant les traits de ce que j'aime. Ces traits chers et charmants, que toujours je revoi,
107D Se montrent dans mon âme entre le ciel et moi°. Eh bien! race des rois, dont le ciel me fit naître. Père, mère, chrétiens, vous mon Dieu, vous mon maître. Vous qui de mon amant me privez aujourd'hui, Terminez donc mes jours qui ne sont plus pour lui!
1075 Que j'expire innocente, et qu'une main si chère
De ces yeux qu'il aimait ferme au moins la paupière!
Ah! que fait Orosmane? il ne s'informe pas
Si j'attends loin de lui la vie où le trépas;
n me fuit, il me laisse, et je n'y peux survivre°,
FATIME
1080 Quoi! vous, fille de rois, que vous prétendez suivre°. Vous dans les bras d'un Dieu, votre éternel appui ...
ZAIBE.
Eh! pourquoi mon amant n'est-il pas né pour lui?
Orosmane est-îl fait pour être sa victîme?
Dieu pourrait-il haïr un cœur si magnanime?
Généreux, bienfaisant, juste, plein de vertus, loes
S'il était né chrétien, que serait-il de plus^
Et plût à Dieu du moins que ce saint interprète,
Ce ministre sacré que mon âme souhaite.
Du trouble où tu me vois vînt bientôt me tirer!
Je ne sais, mais enfin j'ose encor espérer 1090
Que ce Dieu, dont cent fois on m'a peint la clémence.
Ne réprouverait point une telle alliance:
Peut-être, de Zaïre en secret adoré,
H pardonne aux combats de ce cœur déchiré ;
Peut-être, en me laissant au trône de Syrie, 1095
Il soutiendrait par moi les chrétiens de l'Asie.
Fatime, tu le sais, ce puissant Saladin
Qui ravit à mon sang l'empire du Jourdain,
Qui fit comme Orosmane admirer sa clémence.
Au sein d'une chrétienne il avait pris naissance. 1100
FATIHE.
Ah! ne voyez-vous pas que pour vous consoler . . •
ZAÏBE.
Laisse-moi ; je vois tout, je meurs sans m'aveugler :
Je vois que mon pays, mon sang, tout me condamne;
Que je suis Lusignan-, que j'adore Orosmane;
Que mes vœux, que mes jours à ses jours sont liés. nos
Je voudrais quelquefois me jeter à ses pieds.
De tout ce que je suis faire un aveu sincère.
FATIME
Songez que cet aveu peut perdre votre frère,
Expose les chrétiens, qui n'ont que vous d'appui.
Et va trahir le Dieu qui vous rappelle à lui. 1110