‹ Voltaire's Zaïre and Épîtres;Chapitre 4 sur 54 · ZAÏRE, FATIME · texte numérisé non relu

ZAÏRE, FATIME

FATIME

Je ne m'attendais pas, jeune et belle Zaïre, ^^^y^^-^^^ Aux nouveaux sentiments que ce lieu vous inspire. Quel espoir si flatteur, ou quels heureux destins De vos jours téùébreux^ ont fait des jours sereins°?

5 La paix de votre cœur augmente avec vos charme8°. V^^^^^^T^ Cet éclat de vos yeux n*est plus terni de larmes; pLc<Mj((

bus ne les tournez plus vers ces heureux climats Où ce brave Français^ devait guider nos pas ! Vous ne me parlez plus de ces belles contrées

10 Où d'un peuple poli les femmes adorées^ Reçoivent cet encens que l'on doit à vos yeux; Compagnes d'un époux et reines en tous lieux, -r

Libres sans déshonneur, et sages° sans contrainte, in^^^^^^^^^ Et ne dejant jamais leurs vertus à la crainte I tnM^^^

16 Ne soupirez-vous plus pour cette liberté? D

Le sérail d'un soudan°, sa triste austérité.

Ce nom d'esclave enfin, n'ont-ils rien qui vous gêneP? Préférez-vous SolymeP aux rives de la Seine?

On ne peut désirer ce qu'on ne connaît pas.

Sur les bords dn Jourdain le ciel fixa nos pas. ao

Au sérail des soudans dès l'enfance enfermée, Chaque jour ma raison s'y voit accoutumée^i ^-^ Le reste de la terre, anéanti° pour moi, >vv-i -Û^AAIm^ M'abandonne au soudan qui nous tient sous sa loi; Je ne connais que lui, sa gloire, sa puissance; ^

Vivre sous Orosmane est ma seule espérance; Le reste est un vain songe.

FATiMB. Avez-vous oublié

Ce généreux Français dont la tendre amitié Nous promit si souvent de rompre notre chaîne? Combien nous admirions son audace hautaine ! so

Quelle gloire il acquit dans ces tristes combats Perdus par les chrétiens sous les murs de DamasPI Orosmane vainqueur, admirant son courage, p. j û Le laissa sur sa foi^ partir de ce rivage. ^^V^ ^ \a^M v-crv-*^ Nous l'attendons encor; sa générosité 85

Devait payer le prix de notre liberté :

N'en aurioni?-nous conçu° qu'une vaine espérance?

ZAÏRE. \^rtJu^Si^^ Ç h f^ A

Peut-être sa promesse a passé° sa puissance; y^^A^^^^fi^Y^ Depuis plus de deux ans il n'est point revenu. Un étranger, Fatime, un captif inconnu, 4o

Promet beaucoup, tient peu"^', permet à son courage°JuJû<A^ Des serments indiscrets" pour sortir d'esclavage JU^r^^j^T^Jr^ H devait délivrer dix chevaliers chrétiens, /iaa*.

Venir rompre leurs fers, ou reprendre les siens : J'admirai trop en lui cet inutile zèle; 45

Il n'y faut plus penser.

FATIME. Mais, s'il était fidèle.

S'il rçvçna-it çnfin dégager " ses serments,

Ne voudriez-vous pas? . . .

ZAÏRE. Fatime, il n'est plus temps.

Tout est changé. . . .

FATIME. Comment? que prétendez-vous dire^

60 Va, c'est trop te céler^ le destin de Zaïre; Ccn/v^«-«-»-(^ Le secret du Soudan doit encor se cacher; Mais mon cœur dans le tien se plaît à s'épancher. ^^\i^ Depuis près de trois mois qu'avec d'autres captives, On te fit du Jourdain abandonner les rives,

66 Le ciel, pour terminer les malheurs de nos jours, D'une main plus puissante a choisi le secours. Ce superbeP Orosmane. . L^cn^

FATIME. Eh bien!

ZAÏRE. Ce Soudan même", v^/v-r\^

Ce vainqueur des chrétiens . . . chère Fatime ... il

m'aime! ^ \

Tu rougis ... je t'ent$nds° . . . garde-toi de çenser Ua^-*iAaM^

«0 Qu'à briguer ses soupirsP je puisse m'abaîsser^u>wTtl.'^\ li Que d'un maître absolu la superbe tendresse v5*^ ^

M'offre l'honneur honteux du rang de sa maîtresse. Et que j'essuie enfin l'outrage et le danger jla^ dU^ Du malheureux éclatP d'un amour passager, VJJbuJbav.

« Cette fiert é qu'en^us soutient la modestie J^^a^-^ t * Dans mon cœur à ce point ne s'est pas démentie°;. t>^:^!>^ Plutôt que jusque-là j'abaisse mon orgueil, oU>c.-c>.*a..>«J^ Je verrais sans pâlir les fers° et le cercueil, om^^ Je m'en vais t'étonner: son superbe courage oJLo^^^'-''^^

70 Â mes faibles agpas présente un pur hommage L . (S M.^

Parmi tous ces objetsP à lai plaire empressés, lO^-^^^^^ y^-M-^^ J'ai fixé ses regards à moi seule adressés; §

Et l'hymen^, confondant leurs intrigues fatales, Me soumettra bientôt son cœur et mes rivales.

FATIMB.

Vos appas, vos vertus sont dignes de ce prix; 75

Mon cœur en est flatté plus qu'il n'en est surpris°. Que vos félicites, s'il se peut, soient parfaites, Je me vois avec joie au rang de vos sujettes.

ZAÏBE.

Sois toujours mon égale, et goûte mon bonheur;

Avec toi partagé, je sens mieux sa douceur°. so

FATIME

Hélas! puisse le ciel soufErir cet hyménée! aaa^aa^*^

Puisse cette grandeur qui vous est destinée.

Qu'on nomme si souvent du faux nom de bonheur.

Ne point laisser de trouble au fond de votre cœur! p ^ ^

N'est-il point en secret de frgixi qui vous retienne? (M^<^

Ne vous souvient-il plus que vous fûtes° chrétienne?

Ah ! que dis-tu? pourquoi rappeler mes ennuis^? VA>^^'^^^

Chère Patime, hélas ! sais- je ce que je suis?

Le ciel m'a-t-il jamais permis de me connaître?

Ne m'a-t-il pas caché le sang qui m'a faî,t Anaître°? 90

FATIME. p^ ^1 y

Nérestan, qui naquit non loin de ce séjour, Vous dit que d'un chrétien vous reçûtes lejpur°; ^^^>^ ^^^îfi Que dis-je? cette croix qui sur vous fut trouvée, ^^J*^wa. oTSuaI Parure de l'enfance, avec soin conservée.

Ce signe des chrétiens, que l'art dérobe aux yeux 95

Sous le brillant éclat d'un travail précieux.

Cette croix, dont cent fois mes soins° vous ont parée,

uigiTizea oy >^j^v>'p^i\w

Peut-être entre vos mains est-elle demeurée Comme un gage secret de la fidélité UifuL^ 100 Que vous deviez au Dieu que vous avezf quitté.

Je n'ai point d'autre preuve; et mon cœur, qui s'ignore, Peut-il admettre un Dieu que mon amant abhorre? La coutume, la loi plia mes premiers ana /

A la religion des heureux musu lmans ; ''^'WTU/u<x>tA^^^*-t»''^

106 Je le vois trop, les soins qu'on prend de notre enfance° Forment nos sentiments, nos mœurs, notre croyance. J'eusse été près du Gange° esclave des faux dieux. Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux : L'instruction fait tout, et la main de nos pères

110 Grave en nos faibles cœurs ces premiers caractères, Que]^l'exemple et le temps nous viennent retracer, Et que peut-être en nous Dieu seul peut effacer. Prisonnière en ces lieux, tu n'y fus renfermée/ Que lorsque ta raison, par l'âge confirmée^, /

115 Pour éclairer ta foi te prêtait son flambeau : hV^^"^^ , , Pour moi, des Sarrasins esclave en mon berceau, U^^^y<^^ i

La foi de nos chrétiens me fut trop tard connue. * jj^tt^ Contre elle cependant, loin d'être prévenue°, ktt/^ Cette croix, je l'avoue, a souvent malgré moi, / ^

190 Saisi mon cœur surpris de respect et d'effroi°; J'osais l'invoquer même avant qu'en ma pensée D'Orosmane en secret l'image fût' tracée.

J'honore, je chéris ces charitables lois Dont ici Nérestan me parla tant de fois, .

125 Ces lois qui, de la terre écartant les misères, rJ^^^'^^'^^^ Des humains attendrieP font un peuple de frères: ^^^^..-rM Obligés de s'aimer, sans doute ils sont heureux. W^

FATIICE.

Pourquoi donc aujourd'hui tous déclarer contre eux? A la loi musulmane à jamais asseijie, £MJ^ui^v>r^ Vous allez des chrétiens deyenir l'ennemie; iso

Vous alle^ épouser leur superbe yainqueur.

ZAIBE.

Qui lui refuserait le présent de son cœur?

De toute ma faiblesse il faut que je convienne:

Peut-être sans l'amour j'aurais été chrétienne;

Peut-être qu'à ta loi j'aurais sacrifié : las

Mais Orosmane m'aime, et j'ai tout oublié. .

Je ne vois qu'Orosmane, et mon âme enivrée 5MÎ-<»^^

Se remplit du bonheur de s'en voir adorée.

Mets-toi devant les yeux sa grâce, ses exploits;

Songe à ce bras puissant, vainqueur de tant de rois; i4o

A cet aimable front que la gloire environne:

Je ne te parle point du sceptre qu'il me donne;

Non, la reconnaissance est un faible retour, 1^%^

Un tribut offensant, trop^eu fait° pour l'amour: ^^'"'^H^f^jJ^

Mon cœur aime Orosmane, et non son diadème"; | n4&

Chère Fatime, en lui je n'aime que lui-même.

Peut-être j'en crois °trop un penchant si flatteur: 'vWjx

Mais si le ciel, sur lui déployant sa rigueur, u>A^

Aux fers que j'ai portés eût condamné sa vie,

Si le ciel sous mes lois eût rangé la Syrie, ifio

Ou mon amour me trompe, ou Zaïre aujourd'hui

Pour l'élever à M)i° descendrait jusqu'à lui.

FATIICE. ^^

On marche vers ces lieux; sans doute c'est lui-même.

ZAÎBB.

Mon coçur, qui le prévient, m'annonce ce que ° j'aime.

ZAÏRE Ti

tB5 Depuis denz joars, Fatime, absent de ce palais, Enfin son tendre amonr le rend à mes souhaits.

SoàKE II

OBOSMAKE, ZAÎBE, FATIME.

OBOSHAKE.

Vertueuse Zaïre, avant que Thyménée

Joigne à jamais nos cœurs et notre destinée,

J*ai cru, sur mes projets, sur tous, sur mon amour, 160 DeToir en musulman tous parler sans détour".

Les soudans qu'à genoux cet univers contemple.

Leurs usages, leurs droits, ne sont point mon exemple;

Je sais que notre loi, favorable aux plaisirs.

Ouvre un champ sans limite à nos vastes désirs; 105 Que je puis à mon gré, prodiguant mes tendresses,

Becevoir à mes pieds l'encens de mes maîtresses;

Et tranquille au sérail, dictant mes volontés,

Gouverner mon pays du sein des voluptés°. iiv*^^^

Mais la molless e est douce, et sa suite est cruelle; '-'^^^'^'^ tTo Je vois autour de moi cent rois vaincus par elle;

Je vois de Mahomet ces lâcjxes successeurs, /vcr^'*"'^

Ces califes tremblants dans leurs tristes grandeurs,

Couchés sur les débris de l'autel et du trône.

Sous un nom sans pouvoir languir dans BabyloneP: 175 Eux qui seraient encore, ainsi que leurs aïeux.

Maîtres du monde entier, s'ils l'avaient été d'eux°.

Bouillon" leur arracha Solyme et la SyrieP;

Mais bientôt, pour punir une secte ennemie,

Dieu suscita les bras du puissant Saladin°

Mon père, après sa mort, asservit le Jourdain°; lôo

Et moi, faible héritier de sa grandeur nouvelle,

Maître encore incertain d'un état qui chancelle, ^

Je vois ces fiers chrétiens, de rapine altérés, [^*'3l<; 'r^-jJ^

Des bords de l'Occident vers nos bords attirés;

Et, lorsque la trompette et la voix de la guerre i85

Du Nil au Pont-Euxin° font retentir la terre.

Je n'irai point, en proie à de lâches amours,

Aux langueurs° d'un sérail abandonner mes jours.

J'atteste ici la gloire, et Zaïre, et ma flamme.

De ne choisir que vous pour maîtresse et pour femme, iîkj

De vivre votre ami, votre amant, votre époux,

De partager mon cœur entre la guerre et vous.

Ne croyez pas non plus que mon honneur confie

La vertu d'une épouse à ces monstres d'Asie°,

Du sérail des soudans gardes injurieux, 105

Et des plaisirs d'un maître esclaves odieux.

Je sais vous estimer autant que je vous aime,

Et sur votre vertu me fier à vous-même.

Après un tel aveu, vous connaissez mon cœur;

Vous sentez qu'en vous seule il a mis son bonheur; , aoo

Vous comprenez assez quelle amertume affreuse Qkv^

Oo.rrûX»prait de mes jours la durée odieuse, C/T^t^A^

Si VQUS ne receviez les dons que je vous fais ()

Qu'avec ces sentiments que l'on doit aux bienfaits.

Je vous aime, Zaïre, et j'attends de votre âme aos

Un amour qui réponde à ma brûlante flamme.

Je l'avouerai, mon cœur ne veut rien qu'ardemment°;

Je mo croirai haï, d'être aimé faiblement. q-jW^

De tous mes sentiments tel est le caractère.

Je veux avec excès vous aimer et vous plaire. 210

Si d'un égal amour votre cœur est épris, Je viens vous épouser, mais c'est à ce seul prix; ^^.

Et du nœud de l'hymen l'étreinte dangereuse ^a^-'-?^'^^*'"^^ Me rend infortuné s'il ne vous rend heureuse.

215 Vous, seigneur, malheureux ! Ah ! si votre grand cœur A sur mes sentiments pu fonder son bonheur.

S'il dépend en effet de mes flammes secrètes. Quel mortel fut jamais plus heureux que vous l'êtes ! Ces noms chers et sacrés, et d'amant, et d'époux,

280 Ces noms nous sont communs; et j'ai par-dessus vous° Ce plaisir, si flatteur à ma tendresse extrême, De tenir tout, seigneur,. du bienfaiteur que j'aime; De voir que ses bontés font seules mes destins; D'être l'ouvrage heureux de ses augustes mains;

225 De révérer, d'aimer un héros que j'admire. Oui, si parmi les cœurs soumis à votre empire Vos yeux ont discerné les hommages du mien.

Si votre auguste choix . . .

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