LÀ LUNE DE MIEL
Voltaire a bien dit : Berlin était pour lui un ciel où il trouvait tous les objets de son culte : d'abord, le Jupiter qu'il adorait depuis quinze ans ; puis, ce qui ne plaisait pas moins à son humeur avide et glorieuse, des honneurs et des pensions.
A peine arrivé, il reçut de Frédéric la clef d'or de chambellan, le cordon de l'ordre du Mérite, et il passa avec le maître un contrat d'engagement qui lui assurait une pension de vingt mille livres. A Berlin, il logeait au château ; à Potsdam, dans l'appartement du maréchal de Saxe (1), et sa vie se partageait entre les fêtes et le travail. Frédéric se partageait lui-même pour plaire à son hôte : du matin au dîner, il était roi ; dans l'aprèsmidi, l'élève de Voltaire ; le soir, à souper, simplement son ami, le meilleur de tous les hommes et le plus joyeux des convives (2).
Ainsi, Voltaire s'appartenait tout le jour, moins les quelques heures qu'il donnait à l'instruction de son royal disciple et &
(1) A d'Argental, 24 jnillet 1750. — (2) A Thibouvilte, 1<" août; à d'ArgeaUl, 7 août 1750.