‹ Voltaire: six conférencesChapitre 102 sur 257 · COLÈRE ET RÉCONCILIATION · texte numérisé non relu

COLÈRE ET RÉCONCILIATION

désagréable au roi ; mais Tété suivant, à Coramercy, Voltaire trouva qu'il aurait peut-être sujet d'être jaloux. La chose était certaine : sa divine Emilie, alors âgée de quarantedeux ans, avait préféré à son vieil ami, valétudinaire et souvent d'humeur chagrine , un homme de dix ans moins âgé qu'elle, qui lui témoignait tout l'empressement de la jeunesse. Quelle étonnante combinaison du sort, que cet homme, qui chassait Voltaire et son image du cœur et de l'anneau d'une femme pleine d'esprit, était celui-là même qui devait se trouver huit ans plus tard entre une autre femme et Rousseau, l'antipode de Voltaire!

La fureur de ce dernier fut au comble : il voulait partir dans la nuit même; mais la marquise ne l'avait pas en vain étudié durant quinze années. Et il y en avait trente que Voltaire n'avait changé ; car les choses se passèrent exactement comme au temps où Suzanne lui avait été infidèle pour le trop aimable Génonville. Si toutefois ceux-ci prirent pour l'apaiser la même voie que l'élève de Newton, nous pouvons en douter. Cette dernière le surprit, et nous aussi — cela vaut la peine d'être lu, avec toutes ses particularités, dans l'écouteur Longchamp — par une sincérité qui, en fait, ne manquait pas de grandeur. Il sait ce dont elle a besoin, elle a su ce qui serait avantageux pour lui, et elle s'est dirigée d'après cela : où serait donc son crim?e L'eifet de cette parole fut ce qui était attendu; et quand surtout Saint-Lambert vint s'excuser près de lui, Voltaire tomba dans ses bras et se donna tort à lui-même, qui dans sa vieillesse avait encore eu les prétentions permises à la seule jeunesse. Toute sa vie Voltaire conserva une affection particulière pour son heureux riv^l, et l'a

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