‹ Voltaire: six conférencesChapitre 101 sur 257 · LA MARQUISE ET SAINT-LAMBERT · texte numérisé non relu

LA MARQUISE ET SAINT-LAMBERT

consacrait la plus grande partie de ses journées à ses travaux, et apportait son brillant concours pour la récréation de tous, soit à table, soit le soir, par ses entretiens, ses lectures ou ses représentations théâtrales.

La vie était une idylle à la cour du bon Stanislas, .surtout quand , dans la belle saison , on était à Commercy ; et là cependant s'accumulaient les nuages qui devaient mettre rapidement fin à un état si heureux. Depuis quelques années déjà, entre Voltaire et la marquise, les choses n'étaient plus tout à fait comme auparavant. Si peut-être il avait moins conscience de ce changement, à elle, il n'était que plus sensible. Un corps maladif, ses cinquante années, un travail incessant, et aussi un joug, qui de la part de l'amie n'était pas toujours très-doux , et sur lequel il s'exprimait parfois avec beaucoup de vivacité, tout avait contribué à le rendre plus froid, tandis que la marquise avait conservé toute l'ardeur de sa jeunesse. Elle s'en était plainte souvent avec douleur dans des lettres à ses confidents. Elle ignorait que lui-même, dans des lettres à son ami royal de Prusse, l'avait entièrement reniée, c'est-à-dire avait déclaré que son attachement pour elle n'était plus que simple reconnaissance; mais elle pouvait le deviner par sa conduite. Que maintenant un homme pénètre dans sa sphère, dont elle puisse espérer ce que Voltaire ne parait plus devoir lui donner, alors pourra naître pour celui-là une sympathie dangereuse. Il parut en effet pendant l'hiver de 1747 à la cour de Lunéville, dans la personne d'un jeune capitaine des gardes, Saint-Lambert, aux manières attrayantes et jouissant de la réputation de poëte. Il fit d'abord la cour à madame de Boufliers, et se rendit ainsi

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