XXVJ LETTRE-PREFACE DU TRADUCTEUR
cet ensemble immense de travaux de toute nature qui en empêche la propagatipn, qu'on en fasse quelques volumes à bon marché, avec un texte bien large, facile à lire, et Voltaire sortira du cercle des amateurs pour entrer dans celui du grand public, et, émancipé lui-même, il émancipera tout autour de lui, préparant des adeptes à la doctrine nouvelle.
Car c'est bien là le rôle de Voltaire et de l'école philosophique du dix-huitième siècle. Au temps où ils étaient à la tête du progrès, ils formaient la transition entre l'enfance passée de l'esprit de l'homme et Tàge adulte, qui n'était pas encore. Aujourd'hui que l'heure de cet âge a sonné, leur fonction subsiste néanmoins; car elle n'a pas sonné pour tous. S'il est un petit nombre qui, par un exact sentiment de la constitution du monde et de l'intelligence humaine, ne marchent qu'appuyés sur l'expérience et sur la
. réalité objective, d'autres, moins circonspects, portant l'analogie dans un domaine insondable, imaginent des solutions à jamais invérifiables. Où ceux-ci disent force,
, atome, matière infinie et éternelle, d'autres disent créateur primordial et providence perpétuelle. Il en est qui conservent à cette providence, en les amplifiant, les qualités morales de l'homme, puis, en descendant toujours, qui se font esclaves de vieux livres écrits dans des temps encore mal instruits, donnent à leur Dieu une famille, puis une cour, puis des adversaires, puis un domicile fixe, qui se l'imaginent, lui et les siens, entièrement semblables à eux, qui font enfin dieux leurs ancêtres, les animaux, les astres, les éléments,
la pierre, le bois.
Oui, dans notre Occident civilisé, sous nos yeux, au