LE SIÈCLE DE LOUIS XIV
idéal. Si, selon le jugement de Goethe, Voltaire était le plus grand écrivain et Louis XIV le plus grand souverain qu'on puisse imaginer parmi les Français , l'écrivain devait éprouver de la sympathie pour le souverain. Le principal défaut de ce dernier, Tamour-propre démesuré, uni à celui-ci, le trop grand amour de la guerre, n'étaient d'ailleurs que l'exagération d'une vertu, et d'une vertu nationale pour la France ; et l'autre défaut, l'étroitesse de ses idées religieuses , était surtout imputable à son éducation négligée. Voltaire dit quelque part que si Louis XIV avait su véritablement lire, il n'eût pas révoqué redit de Nantes. Mais pourquoi ne le lui avait-on pas appris? Et comme il est doublement glorieux, quand, malgré ce défaut de culture , il favorise si généreusement l'art et la science , les savants et les poètes ! Sans doute il a fait trop de guerres, il a cruellement dévasté lePalatinat, et Voltaire esquisse un tableau non-seulement exact, mais saisissant de cette chose horrible ; mais il excuse le roi par l'éloignement du théâtre de l'action : « S'il avait été témoin de ce spectacle, il aurait lui-même éteint les flammes. » Il nous fait également de l'oppression des protestants, des fameuses dragonnades, une peinture complète, et les suites funestes de la révocation de l'édit de Nantes sont pour l'historien l'occasion de plaider en faveur de la tolérance, au nom des intérêts nationaux ; mais il laisse au roi la conviction qu'il agissait selon son droit, et fait peser la responsabilité de toutes les cruautés sur ses agents. Après l'histoire du gouvernement et de la guerre, il est traité, dans une série de chapitres spéciaux, des institutions politiques, de la justice et des finances, de l'armée et de la