‹ Voltaire: six conférencesChapitre 136 sur 257 · LES LETTRES DE MAUPERTUIS · texte numérisé non relu

LES LETTRES DE MAUPERTUIS

de l'œuvre de Maupertuis , que Voltaire avait fait insérer dans un recueil savant ; mais il puisa ses vraies armes dans le volume de lettres que son adversaire fit justement paraître dans l'automne de 1752.

Le blâme qui l'avait accueilli de tant de côtés pour sa conduite envers Kœnig avait très-vivement affecté l'impérieux président ; et la façon dont il cherchait à maîtriser son dépit n'était point faite pour améliorer son état. Le roi, toujours bien disposé en sa faveur, eut à le mettre en garde, non-seulement contre sa susceptibilité exagérée, mais encore contre une consommation par trop copieuse d'eau-de-vie. Les Lettres portaient l'empreinte de cette disposition , dans laquelle elles avaient été écrites pour la plupart. L'auteur s'abandonnait sans réserve aux tendances qu'il avait toujours eues pour l'extraordinaire et le paradoxal. Les lettres étaient pleines de paradoxes qui, en partie, n'étaient pas sans présenter un sens ; mais il fallait y mettre de la bonne volonté pour les ordonner. Et Voltaire possédait assurément tout le contraire de cette bonne volonté ; et nul ne l'égalait pour l'habileté à faire d'une pensée à demi bizarre une absurdité complète. Peutêtre n'a-t-il jamais usé de cette habileté avec une telle supériorité que dans la Diatribe du docteur Akakia, facétie dirigée à cette époque contre Maupertuis. Les prétendues propositions du profond président, de disséquer la tête des géants pour connaître la nature de l'âme, de percer un trou jusqu'au centre de la terre, de bâtir une ville latine pour faciliter les études philologiques, d'enduire les malades de poix-résine pour empêcher la déperdition des forces ; celle que nous avons besoin seulement d'élever

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