LA DIATRIBE DU DOCTEUR AKAICIA
un peu Tactivité de notre esprit pour voir dans Tavenir aussi bien que nous nous rappelons le passé; ces propositions et d'autres encore qui se laissaient facilement extraire de ce bizarre recueil de lettres, rendues plus comiques encore au moyen de quelques arrangements, sont données, par raillerie et par jeu d'esprit, comme l'œuvre non d'un homme célèbre , la chose étant impossible, mais d'un jeune commençant qui a voulu présenter au public, sous une telle égide, ses idées qui n'étaient pas mûres. Le nom Akakia lui-même, c'est-à-dire sans malice (nom d'un médecin de François I®^, mais devenu dans le cas présent médecin du pape), est déjà d'un effet comique dans le titre d'un écrit si rempli de malice.
Ce petit livre eût été un mets succulent pour le palais de Frédéric si celui-ci avait pu surmonter deux choses : d'abord, qu'il faisait rire aux dépens de son président d'académie, et, comme il avait écrit en faveur de ce dernier, à ses propres dépens ; ensuite il fut révolté presque davantage encore par la façon dont Voltaire l'avait trompé pour obtenir la permission d'imprimer. Celle-ci avait été donnée pour une défense de Brolingbroke contre des attaques orthodoxes ; au lieu de cela , il fit imprimer sa satire contre Maupertuis. Puis il voulut nier quand déjà l'imprimeur et des tiers avaient tout avoué. Le mécontentement du roi déborda alors, et il écrivit à Voltaire une lettre fulminante, où il manifestait son étonnement de tant d'effronterie , et menaçait de faire connaître l'affaire tout entière, afin qu'on vit que si ses ouvrages méritaient des statues, sa conduite méritait des chaînes. Les exemplaires imprimés à' Akakia furent saisis et jetés au feu
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dans la chambre du roi, en présence de l'auteur, qui dut en outre promettre par écrit d'observer les égards et le respect qui sont dus aux dignitaires de la science ou de la politique. Mais déjà la mauvaise semence avait été répandue au dehors, et à peine l'édition de Potsdam était-elle anégintie, que de nouveaux exemplaires arrivèrent de Dresde à Berlin. A Paris, VAkahia fut vendu par milliers, et il devint bientôt la délectation du monde cultivé depuis Pétersbourg jusqu'à Madrid. Le roi fut hors de lui et agit comme on a coutume d'agir dans ce cas : le 24 décembre 1752, il fît brûler l'odieux libelle par la main du bourreau sur la place publique de Berlin. Ce prince, ami des lumières , aurait dû laisser à l'inquisition d'Espagne ou au parlement de Paris cette façon de l'emporter sur un livre, et Voltaire fut, en fait, généreux envers lui, en ne faisant pas de cet acte l'objet spécial d'une satire. Sur le moment, il fut fort effrayé. Par cette violence contre le livre, il eut la mesure de ce qui était possible contre l'auteur. La Prusse avait aussi sa Bastille, soit à Spandau, soit ailleurs. 11 se tranquillisa pourtant bientôt, et huit jours après l'exécution, au premier jour de l'année 1753, il renvoya au roi sa clef de chambellan , sa croix et le brevet de sa pension, avec ces mots empreints d'autant de délicatesse que de sentiment :
Je les reçus avec tendresse , Je les renvoie avec douleur, Gomme un amant jaloux, dans sa mauvaise humeur, Rend le portrait de sa maîtresse.
C'était plus que Frédéric n'avait voulu ; le même jour son valet de chambre et secrétaire intime, Fredersdorf,