DÉTERMINISME DE VOLTAIRE
idées prend pour lui de plus en plus d'importance. Nous ne nous donnons pas nos idées à nous-mêmes, dit -il; nul homme ne peut savoir quelle idée il aura dans la minute prochaine, ce qu'il fera, dira, où il ira. Ses idées entrent nécessairement dans son cerveau : comment sa volonté, qui en dépend , seraitrelle libre ? Une volonté humaine qui ne s'appuierait sur aucune raison lui devenait de moins en moins acceptable, surtout avec ses opinions sur l'enchaînement constant des causes , et avec ses idées presque analogues à celles de Spinosa sur l'action toute-puissante dq l'Etre suprême. « Il n'y a rien sans cause, dit-il dans le Philosophe ignorant; un effet sans cause n'est qu'une parole absurde. Il serait bien singulier que toute la nature, tous les astres obéissent à des lois éternelles, et qu'il y eût un petit animal haut de cinq pieds qui, au mépris de ces lois, pût agir toujours comme il lui plairait, au seul gré de son caprice. » Etre libre, c'est pouvoir ce qu'on veut — ceci devient dès lors un principe souvent reproduit par Voltaire — ce n'est pas pouvoir vouloir ce qu'on veut. « Quand je peux faire ce que je veux, voilà ma liberté ; mais je veux nécessairement ce que je veux, autrement je voudrais sans raison, sans cause, ce qui est impossible. » La liberté consiste à aller quand on veut aller et qu'on n'a pasJa goutte. Elle consiste à ne point faire une mauvaise action quand l'esprit se la représente mauvaise, à subjuguer une passion quand l'esprit en fait sentir le danger. Notre action est ainsi toujours libre, non notre volonté; car celle-ci est toujours déterminée par nos idées, lesquelles nous ne pouvons pas nous donner nous-mêmes. Il est étrange que les hommes ne soient pas contents de cette somme de li-