FONDEMENT DE LA MORALE
appeler inné, c'est-à-dire qui soit développé dès la naissance; mais Dieu nous a mis au monde avec des organes capables de s'accroître et de nous donner des connaissances dans la mesure nécessaire à la conservation de notre espèce. A ces connaissances nécessaires appartient avant toutes celle du juste et de l'injuste. Privés de l'instinct, des armes naturelles qui ont été départies aux animaux, le petit nombre des hommes qui se seraient sauvés des ongles et de la dent des bêtes féroces, de la faim et de la misère, auraient péri dans la lutte qu'ils se seraient livrée pour la nourriture et l'abri, n'auraient tout au moins jamais fondé une société, sans l'idée du juste et de l'injuste, qui est le lien de toute société. Cette idée, qui n'a d'inné que le pouvoir de l'acquérir, se développe peu à peu dans l'homme, par l'usage et l'expérience, comme l'art de soulever les fardeaux ou de traverser un fleuve. Ce qui se développe ainsi dans Thomme est un, malgré toutes les différences de climat, de race on de toute autre circonstance extérieure. Selon Voltaire, plus on apprend à connaître d'hommes différents par le climat, les mœurs, le langage, les lois, plus on remarque qu'ils ont tous le même fonds de morale. Ils ont tous une grossière notion du juste et de l'injuste, sans savoir un mot de notre théologie. On ne trouvera aucun peuple chez lequel il soit juste, beau, convenable, honnête, de refuser la nourriture à ses parents quand on peut leur en donner; aucun peuple n'a jamais regardé la calomnie comme une bonne action , ou comme juste de ne point rendre un dépôt qui a été confié. Sauvages ou civilisés, tous sont unanimes à reconnaître qu'il est mieux de donner son superflu au pauvre que de le rouer de coups. L'idée de