‹ Voltaire: six conférencesChapitre 193 sur 257 · PERSONNALITÉ DE JESUS · texte numérisé non relu

PERSONNALITÉ DE JESUS

marque est sans doute dirigée contre le curé d'Etrépigny, qui avait méconnu les qualités personnelles de Jésus — sans des talents, sans des mœurs exemptes de vices honteux. 11 faut se rendre respectable à ceux qu'on veut conduire ; il •est impossible de se faire croire quand on est méprisé. Jésus doit par conséquent avoir été un homme plein de force et d'activité, il doit avoir possédé l'art de plaire et surtout de bonnes mœurs. « J'oserais, dit Voltaire, l'appeler un Socrate rustique. » Tous deux prêchèrent la morale sans aucune mission apparente ; tous deux eurent des disciples et des ennemis; tous deux , dirent des injures aux prêtres et tous deux furent suppliciés.

Il est très-probable que Jésus prêcha dans les villages une bonne morale, puisqu'il eut des disciples. Un homme qui fait le prophète peut dire et faire des extravagances qui méritent qu'on l'enferme; cela ne lui nuit en rien, comme on l'a assez vu par les méthodistes et les quakers; mais il ne peut prêcher le vice et le crime. Pour réussir il lui faut toujours exhorter à la vertu. Jésus comme Socrate ne put prêcher qu'une morale honnête, et la morale honnête est partout et toujours la même. On objecte que Jésus a trop dérogé à cette morale universelle par des, déclarations comme celles-ci : Il faut haïr son père et sa mère à cause de moi ; je suis venu pour apporter le glaive et non la paix, etc., par des comparaisons basses et ridicules, que déjà Mahier avait reléguées bien au-dessous des fables d'Esope. Mais, répond Voltaire, sommes-nous bien sûrs que Jésus ait dit ce que les évangiles lui font dire? Savonsnous d'ailleurs quel sens il attachait à des paroles que nous ne possédons plus dans leur idiome original et qui peu-

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