MORALE DE JESUS
vent s'expliquer de cent façons différentes, puisque c'étaient des paraboles, des énigmes. Voltaire déclare à plusieurs endroits inventions pures ces paroles selon lesquelles Jésus serait venu apporter le glaive, non la paix; mais en examinant les sentences qu'on lui attribue et qui sont le moins susceptibles d'un sens équivoque, nous y verrons l'amour de Dieu et du prochain, la morale universelle.
Parmi les actions de Jésus il y en a plusieurs qui pourraient parler contre lui de diverses manières : tout d'abord les nombreux miracles que les évangiles et les écrits juifs sont d'accord à lui attribuer, ceux-ci comme des actes de sorcier, ceux-là comme des actes divins ; mais les historiens grecs et romains du temps, avec Josèphe et Philon-, sont également unanimes pour n'en pas parler. Et pourtant le bruit de tant de prodiges, de la résurrection de Lazare par exemple, devait se répandre dans tout le monde et attirer sur eux l'attention du gouvernement romain, de l'empereur lui-même. La foi aux miracles était, en effet, répandue également parmi les Juifs et les païens tout comme nous refusons aujourd'hui au miracle toute place dans la nature et dans l'histoire. Une partie de ceux que racontent les évangiles sont probablement des inventions postérieures; l'autre, des erreurs d'un peuple superstitieux, dont il se servit pour le gagner à sa doctrine salutaire. C'est à quoi il est fait allusion dans ces deux vers de VÊpitre à Uranie :
Et si sur rimposture il fonde sa doctrine, C'est un bonheur encor d'être trompé par lui.
D'ailleurs Voltaire trouve Confucius de beaucoup supé-
230 FAÇON d'agir de JÉSUS.
rieur à Jésus. Celui-là ne se donna pas pour inspiré, pour prophète ; mais ne parla qu'en homme sage, en moraliste. Quant à la vie publique de Jésus, on a voulu y chercher la preuve qu'il fut un perturbateur et qu'ainsi la punition qui lui fut infligée n'eut en somme rien d'injuste. Sauf une seule exception, la violence exercée à l'égard des marchands du temple, tout le reste de son existence est entièrement paisible. Il n'excite point ses disciples à se défendre quand on vient pour se saisir de sa personne. Qu'on dise tant qu'on voudra que Simon Barjone coupant l'oreille au valet du grand-prêtre, et Jésus rendant à ce valet son oreille est un conte impertinent, il prouve au moins que l'auteur regardait Jésus comme un homme pacifique. Comme Voltaire le remarque à plusieurs reprises, nous n'en pouvons juger que par ce qui a été écrit sur sa personne. Il est possible que les choses se soient passées tout autrement ; mais là-dessus nous ne pouvons rien dire parce que nous ne savons rien. On le voit, Voltaire avait en profonde défiance les récits des évangiles, ce qui l'empêche d'avancer d'un pied ferme sur ce terrain.
En ce qui regarde la fin malheureuse de Jésus, Voltaire croit pouvoir l'expliquer sans aucune supposition d'actes séditieux, car ses discours seuls suffisaient pour le perdre. Si ce qu'on nous rapporte est vrai, qu'il ait appelé les pharisiens et les docteurs race de vipères^ sépulcres blanchis, fripons, intéressés, noms que les prêtres de tous les temps ont quelquefois mérités, ce fut une témérité très-dangereuse et qui coûta plus d'une fois la vie à des imprudents véridiques. Mais on peut être très -honnête homme et dire qu'il y a des prêtres fripons. Tout bien