‹ Voltaire: six conférencesChapitre 224 sur 257 · VOLTAIRE PRÊCHE CONTRE LE VOL · texte numérisé non relu

VOLTAIRE PRÊCHE CONTRE LE VOL

le pays de Gex^Dans la semaine sainte de 1768 il se fit donner l'absolution par un moine qui dînait au château , afin de pouvoir communier le dimanche, ce à quoi il se croyait obligé par sa situation de seigneur. Cette fois d'ailleurs il avait encore une autre intention. Dans les derniers temps on avait commis beaucoup de vols dans le village, et il voulait relever la conscience de ses paroissiens dans l'église même. Et en efiet, après qu'il eut communié, il commença un vif discours où il les détournait du vol et les exhortait à la vertu. Il se croyait bien le droit de dire un mot dans l'église qu'il avait bâtie. Mais le curé ne fut pas de cet avis et transmit le fait à l'évêque d'Annecy, dans le ressort du-

quel se trouvait Ferney; et celui-ci défendit à tout prêtre ou moine de son diocèse de recevoir en confession le seigneur de Ferney, et de lui donner l'absolution ou la communiou sans sa permission expresse, et cela sous peine d'interdiction. « Cela pourra être fort plaisant, dit Voltaire, et nous verrons qui de l'évêque ou de moi l'emportera. » Pendant la semaine sainte de Tannée suivante, il aperçut de son lit, d'où selon sa coutume il dictait à son secrétaire, un capucin qui se promenait dans son jardin ; il le fit venir, et pensa, avec un écu d'argent qu'il lui fit voir, l'amener facilement à confesser le* malade dans son lit. Mais le capucin, se souvenant de la défense épiscopale, prit Técu et sut trouver un prétexte pour s'en aller. Voltaire alors resta au lit et fit appeler lé médecin. Celui-ci le trouva d'abord fort bien portant; mais bien qu'ensuite il se fût décidé à le reconnaître malade, et, selon sa mission, à se rendre tous les jours chez le curé, pour l'exhorter à ne pas refuser plus longtemps au mourant les consolations de la religion.

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