VOLTAIRE ET LE PERE ADAM
blic. Les deux coupables durent aussitôt quitter la maison, ce que Voltaire explique d'ailleurs dans ses lettres par des . raisons d'économie et de santé. Son souci de l'honneur de sa famille, qui cette fois se trouvait compromis par ce méfait littéraire, fut toujours un des côtés nobles de son caractère. La nièce dut restera Paris, où son généreux oncle lui servit une pension de 20,000 livres. Elle y serait bien demeurée, mais elle ne voulait pas perdre l'héritage de cet oncle; elle supplia donc, et il lui fut permis de revenir à Ferney dans l'automne de 1769. Pendant l'intervalle, indisposé d'une part par le mauvais usage qu'on faisait de son hospitalité, sentant de l'autre le besoin de repos. Voltaire avait considérablement réduit son domestique. 11 ne tint plus maison ouverte, comme il l'avait fait jusque-là, avec l'aide et pour l'amusement de madame Denis.
C'est pendant ce temps même où l'absence de sa nièce et de tant d'hôtes divers laissait dans le calme sa résidence, que le vieillard fit une équipée qui aurait paru trop folâtre même chez un jeune homme. D'une nature sociable et d'un commerce facile. Voltaire n'était pas dans de mauvais rapports avec les membres du clergé. Il augmenta les revenus de la cure de Ferney. Quand des moines y venaient, ils étaient les hôtes du château. Il prit chez lui et garda treize ans un jésuite qu'il avait connu en Alsace, et qui était venu dans le voisinage de Ferney. Le père Adam n'était pas le premier homme du monde, comme Voltaire l'avouait en plaisantant; mais il était bon joueur d'échecs, le seul jeu que celui-ci aimât. Notre patriarche se montrait si obligeant et si charitable pour les capucins du voisinage, que le général, résidant à Rome, l'appelait le père temporel des capucins dans