‹ Voltaire: six conférencesChapitre 226 sur 257 · UNE ÉTRANGE COMMUNION · texte numérisé non relu

UNE ÉTRANGE COMMUNION

prennent part à ces cérémonies qu'autant qu'ils ne peuvent l'éviter sans dommages pour eux-mêmes ou les leurs; Voltaire, au contraire, regardait comme un point d'honneur de ne pas se laisser enlever par le clergé la participation à ces rites, quelque ridicules qu'ils lui parussent au fond. Et il ne le faisait pas seulement pour échapper aux tracasseries extérieures qui s'attachaient à cette exclusion, et bien plus graves alors qu'elles ne le sont aujourd'hui, même dans l'église catholique; mais il éprouvait un plaisir indicible en obligeant ainsi le clergé à lui distribuer ses sacrements, quand ce clergé savait trèsbien qu'il se moquait de lui. Cela nous amène au second point que je voulais signaler. Lorsqu'il jouait cette farce. Voltaire avait dépassé soixante-quatorze ans. Qu'on juge la chose comme on voudra au point de vue moral, mais, physiquement parlant, un naturel qui à cet âge se sent disposé à une comédie aussi incommode est une étrange rareté.

Aussi n'était-ce là que des plaisanteries accidentelles, au milieu de jours passés dans un travail des plus assidus.Voltaire travaillait, comme son secrétaire nous l'apprend pour ces dernières années, en général jusqu'à 18 et 20 heures par jour. 11 dormait peu, et souvent éveillait son secrétaire pendant la nuit. Aussi il passait au lit la plus grande partie du jour, ne dormant pas, mais lisant ou dictant, et il dictait si vite qu'on avait peine à le suivre. S'il s'agissait d'une pièce de théâtre, il était comme fiévreux. « J'ai le diable dans le corps, disait-il; il est vrai qu'il faut l'avoir pour faire des vers. » 11 était très-impatient à l'égard de ses ouvrages. A peine étaient-ils commencés qu'il aurait voulu

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