‹ Voltaire: six conférencesChapitre 227 sur 257 · TEMPÉRAMENT DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

TEMPÉRAMENT DE VOLTAIRE

les voir achevés ; à peine achevés, il fallait qu'ils fussent recopiés, et, si des raisons spéciales ne s'y opposaient, imprimés.

Son tempérament était vif, bien qu'enjoué et affable. Il pouvait avoir de violentes colères, surtout en face d'une contradiction opiniâtre, et cependant Wagnière dit de lui qu'il n'a jamais connu personne à qui on put mieux faire entendre la raison. S'il s'était emporté contre ses serviteurs, il pouvait, après quelques heures, s'excuser sur ses souffrances physiques. 11 était surtout particulièrement aimable avec les dames. Les innombrables poésies fugitives que nous trouvons dans l'ensemble de ses œuvres sont en grande partie autant de bouquets qu'il leur offrait pendant la conversation. Et nous savons qu'il était un causeur charmant. Il contait avec une vivacité extraordinaire, et ses réponses étaient spirituelles et incisives. Si des questions importantes étaient agitées,' il écoutait d'abord longtemps en silence, la tête inclinée, et laissait la personne qui parlait épuiser ses arguments ; puis il semblait sç réveiller, reprenait en les ordonnant les idées exprimées et finissait par donner les siennes propres. Il s'animait par degrés, puis bientôt semblait n'être plus le même homme, et entraînait par son discours tout ce qui l'entourait. Il était de même au théâtre. Spectateur, il était tranquille au début; mais, peu à peu, selon qu'il était agréablement ou désagréablement affecté, il commençait à s'agiter. Alors les mains, les pieds, la canne même marchaient; il se levait à moitié ou tout à fait, et on l'entendait dire à demi-voix : Beau, admirable! ou, ah! le malheureux! le bourreau! Il était un voisin de théâtre désagréable, et parfois même

Page 1