VUES POLITIQUES DE VOLTAIRE
sans peine un culte simple d'un Dieu unique. Mais il est incontestablement entraîné par l'élan de la parole au delà de sa pensée réelle. Et quand il dit ailleurs que la raison est d'abord le partage des. meilleures têtes, puis que, descendant par degrés, elle domine à la fin le peuple lui-même, qui à la vérité ne la reconnaît pas, mais devient également modéré quand il voit la modération chez ses supérieurs ; quand il s'exprime ainsi , on voit facilement qu'il n'accorde qu'en apparence la possibilité de la culture intellectuelle pour la classe inférieure. Celle-ci ne peut se former que par l'imitation, non par sa propre impulsion. A cela répondait totalement la pensée politique de Voltaire. Bien que reconnaissant les vices du régime féodal et de l'organisation ecclésiastique, il était loin des idées démocratiques. Il rappelle dans son Essai sur les mœurs qu'il n'y a ni grandes villes, ni commerce, ni beaux-arts sous le régime purement féodal. Ce qu'il reprochait à la hiérarchie catholique, c'était d'aller chercher son mot d'ordre à l'étranger. L'égalité, si elle prétendait faire disparaître toutes les différences de conditions, si elle voulait être plus que l'égalité de tous les citoyens devant la loi, lui paraissait quelque chose d'absurde et d'impossible; et des républiques, il jugeait qu'il en existait* bien peu dans le monde, et qu'elles étaient redevables de leur existence à la protection de la mer ou des montagnes, les hommes n'étant que rarement dignes de se gouverner eux-mêmes. Il croyait trouver dans le principe monarchique, surtout en France, la puissance la plus efficace contre le reste de la féodalité et le danger toujours croissant de l'organisation du clergé ; il regrettait seulement l'aveuglement des