ESPOIR DE TEMPS MEILLEURS
mais il l'inséra dans l'esquisse de sa vie, composée en 1776, et qui, en ce qui concerne le caractère de Frédéric et ses rapports avec lui, peut être considérée comme un désaveu de la vilaine peinture qu'il en avait faite dans ses Mémoires non encore imprimés, mais qui lui avaient été dérobés depuis peu de temps. Rousseau souscrivit également au monument de Voltaire. Celui-là seul aura droit de blâmer absolument Voltaire de la passion avec laquelle il demanda à ses amis de renvoyer à Jean-Jacques sa cotisation, qui osera prouver que celui-ci avait agi ainsi dans une intention absolument louable. On sait que la "statue fut exécutée et qu'elle orne aujourd'hui une salle de l'Institut.
Une joie pour la vieillesse de Voltaire fut l'apparition des temps meilleurs qui semblèrent luire pour la France, quatre ans avant sa mort, à l'avènement de Louis XVI. Il applaudit au ministère choisi par le jeune souverain, quoique le rétablissement des anciens parlements ne lui plût pas et que la dévotion exagérée du roi lui inspirât des craintes. Il le célébra dans un poëme allégorique : Sésostris ; il chercha à se concilier son frère , le comte de Provence , par un divertissement ; mais l'homme qu'il aimait surtout, c'était l'économiste réformateur Turgot, et il utilisa la bienveillance de celui-ci pour délivrer le petit pays de Gex de la plaie des collecteurs d'impôt, moyennant une redevance annuelle. « Nous sommes dans l'âge d'or jusqu'au cou, » s'écrie-t-il ; mais il ne devait avoir que trop tôt l'occasion de témoigner de son inaltérable estime au réformateur Turgot, éloigné du ministère, dans son poëme intitulé : Épltre à tcn homme.
Par ses efforts et par ceux de ses amis, Voltaire croyait
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avoir fondé un âge d'or capable de durer. « Bénissons, écrit-il à d'Alembert en 1767, cette heureuse révolution qui s'est faite dans l'esprit de tous les honnêtes gens depuis quinze ou vingt années; elle a passé mes espérances. » Et une autre fois, au même, dans la même année : « Pardieu ! le temps de la raison est venu. nature ! grâces immortelles vous en soient rendues. » Presque chaque fois cependant que Voltaire manifeste sa joie de cette transformation, il pose à* celle-ci des bornes bien déterminées. Nous devons être contents, écrit-il à la même époque, « du mépris où l'infâme est tombée chez tous les honnêtes gens de l'Europe. C'était tout ce qu'on voulait et tout ce qui était nécessaire. On n'a jamais prétendu éclairer les cordonniers et les servantes ; c'est le partage des apôtres. » Ou, comme il le dit ailleurs, il ne s'agissait pas d'empêcher les laquais d'aller à la messe ou au sermon ; il s'agissait d'arracher les pères de famille à la tyrannie des imposteurs, et d'étendre l'esprit de tolérance. En 1769, il dit encore qu'on aura bientôt un nouveau ciel et une nouvelle terre ; il entend pour les honnêtes gens ; car, pour la canaille, le ciel et la terre les plus bêtes sont ce qui lui convient. Les « honnêtes gens » et la « canaille » sont les deux classes d'hommes entre lesquelles, selon Voltaire, fidèle ici encore à son dualisme, est creusé un abîme infranchissable, de sorte que les uns sont appelés à jouir de la lumière, et que les autres sont condamnés à une nuit sans fin. Il exprime bien quelque part, darïs son Sermon des cinquante, que le peuple n'est pas si imbécile qu'on le pense ; qu'il suffit d'avoir le courage de faire encore quelques pas ; qu'il s'est déjà accoutumé à la privation des aliments de la superstition, et qu'il recevra