MALADIE DE VOLTAIRE
paroisse duquel se trouvait l'hôtel Villette, chercha à pénétrer près de Voltaire, mais fut tenu à l'écart. Un fanatique très-suspect, qui arriva jusqu'à lui et voulut l'obliger à la confession, dut être éloigné par la force. Un abbé Gauthier, ancien jésuite et chapelain des Incurables, lui offrit ses services spirituels et fut introduit. Voltaire l'appela un bon imbécile*
Benjamin Franklin était alors à Paris, en qualité d'ambassadeur de la jeune République américaine. Il vint aussi rendre témoignage à Voltaire de son admiration ; il avait avec lui son petit-flls, et demanda pour lui au patriarche sa bénédiction. Celui-ci posa sa main sur la tète de l'enfant agenouillé et prononça ces mots : « Dieu, liberté, tolérance. » La du Barry elle-même vint lui faire sa cour. Et pourquoi non? N'y avait-il pas cinq ans à peine que le poëte l'avait chantée comme l'Égérie du Numa maintenant défunt (auparavant Trajan)? Puis, au milieu de tout cela, il était pris par les acteurs venant répéter leurs rôles, et par des remaniements de toutes sortes à Irène, et dans ses heures libres, à d'autres pièces qu'il voulait achever pour la représentation. Ce qui eût été très-bien si Voltaire n'eût pas été près d'atteindre quatre-vingt-quatre ans, maladif et depuis de longues années habitué à un tout autre régime. « On ne transplante pas un arbre de quatre-vingt-quatre ans, à moins qu'on ne veuille le faire périr, » disait Tronchin, son excellent médecin. Jeté de la solitude de la campagne dans le tumulte de la capitale, d'une retraite paisible dans l'agitation incessante du monde. Voltaire commença bientôt à en sentir les conséquences. La station trop prolongée amena l'enflure des jambes, et, une quinzaine de jours