SA PROFESSION DE FOI
avait une tout autre idée que ce dernier de ce qu'un homme doit à ses convictions et à sa dignité. Quelques jours auparavant, il l'avait prié de lui dire expressément quelle était réellement sa pensée dans ces circonstances sérieuses. Vol- • taire s'était fait donner ce qu'il fallait pour écrire et avait tracé ces mots, qu'on peut lire encore aujourd'hui à la Bibliothèque nationale :
« Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis, et en détestant la superstition.
« 28 février 1778.
« Signé : Voltaire. »
C'étaient d'ailleurs certainement, en exceptant seulement ce qui a trait au pardon des ennemis, à quoi il ne faut pas trop avoir confiance, les réels sentiments de Voltaire, avec lesquels la profession de foi donnée à l'abbé n'a rien à voir ; et il n'est rien de plus absurde que la prétention du clergé donnant cette déclaration comme une preuve que Voltaire abandonna ses opinions dans sa dernière maladie. Ceux qui ajoutent foi à cette idée s'appuient sur ce fait, qu'il n'est pas rare de voir ceux qui se sont le plus répandus en railleries sur la religion, ramper au pied de la croix à leurs derniers moments. Mais Voltaire n'avait pas seulement raillé la religion chrétienne, il l'avait scrutée, et ses . railleries étaient, d'un côté, le produit de cette étude ; de l'autre, celui d'un naturel enjoué. Il ne croyait pas d'ailleurs, en se détachant du christianisme, abandonner toute religion. Il n'est rien de plus assuré que la constance des convictions religieuses de Voltaire, soit par leur coté né-