‹ Voltaire: six conférencesChapitre 253 sur 257 · INVITATION ET ATTENTE · texte numérisé non relu

INVITATION ET ATTENTE

1760. Le 1°^ novembre, Voltaire écrit des Délices à son ami d'Argental, à Paris :

Voudriez-vous avoir la charité de vous informer s'il est vrai qu'il y ait une M^^® Corneille, petite-fille du grand Corneille, âgée de seize ans; elle est, dit-on, depuis quelques mois à l'abbaye de Saint-Antoine. Cette abbaye est assez riche pour entretenir noblement la nièce de Chimène et d'Emilie; cependant on dit qu'elle est comme Lindane, qu'elle manque de tout, et qu'elle n'en dit mot. Comment pourriez-vous faire pour avoir des informations de ce fait, qui doit intéresser tous les imitateurs de son grand-père, bons ou mauvais?

Le 7 novembre, de Ferney à M. Le Brun, qui lui avait demandé, dans une ode, de se charger de la petite-fille du grand Corneille :

...Il faut me borner à vous dire, en prose, combien

» Voir p. 249.

j'aime votre ode et votre proposition. Il convient assez qu'un vieux soldat du grand Corneille tâche d'être utile à la petite-fille de son général. Quand on bâtit des châteaux et des églises, et qu'on a des parents pauvres à soutenir, il ne reste guère de quoi faire ce qu'on voudrait pour une personne qui ne doit être secourue que par les grands du royaume. Je suis vieux, j'ai une nièce qui aime tous les beaux -arts et qui réussit dans quelques-uns ; si la personne dont vous me parlez, et que vous connaissez sans doute, voulait accepter auprès de ma nièce l'éducation la plus honnête, elle en aurait soin comme de sa fille; je chercherais à lui servir de père ; le sien n'aurait absolument rien à dépenser pour elle; on lui payerait son voyage jusqu'à Lyon ; elle serait adressée à Lyon à M. Tronchin (banquier), qui lui fournirait une voiture jusqu'à mon château, ou bien une femme irait la prendre dans mon équipage. Si cela convient, je suis à ses ordres, et j'espère avoir à vous remercier jusqu'au dernier jour de ma vie, de m'avoir procuré l'honneur de faire ce que devait faire M. de Fontenelle (écrivain mort depuis peu, âgé de 100 ans, et qui était parent de Corneille). Une partie de l'éducation de cette demoiselle serait de nous voir jouer quelquefois les pièces de son grand-père, et nous lui ferions broder les sujets de Cinna et du Cid,

Le 22 novembre, des Délices, au même :

Sur la dernière lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire, sur le nom de Corneille, sur le mérite de la personne qui descend de ce grand homme, et sur la lettre que j'ai reçue d'elle, je me détermine avec la plus grande satis-

faction à faire pour elle ce que je pourrai... M. Laleu, notaire très-connu à Paris... vous remboursera sur-lechamp et à l'inspection dé cettre lettre ce que vous aurez déboursé pour le voyage de M^^® Corneille. Elle n'a aucun préparatif à faire ; on lui fournira en arrivant le linge et les habits convenables...

Le 26 novembre, à la comtesse d'Argental :

...Je suis bien fâché que cette demoiselle ne descende pas en droite ligne du père de Cinna ; mais son nom suffit, et là chose paraît décente.

Le 19 il avait déjà écrit à Thieriot :

On me mande que la Corneille en question descend de Thonxas , et non de Pierre ( cela non plus n'était pas exact) ; en ce cas elle aurait moins de droits aux empressements du public.

Le 29 novembre, au comte d'Argental :

J'apprends que les dévotes sont fâchées de voir une Corneille aller dans la terre de réprobation, et qu'elles veulent me l'enlever. A la bonne heure; elles lui feront, sans doute, un sort plus brillant, un établissement plus solide dans ce monde-ci et dans l'autre; mais je n'aurai eu rien à me reprocher. . .

Le 8 décembre, à Thieriot :

Quand M^^® Rodogune viendra elle sera bien reçue.

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