LES VOUS ET LES TU
jour, dans son brillant hôtel, la visite de son ancien professeur. On ne peut pas lui en vouloir d'avoir trouvé, dans les circonstances nouvelles, cette visite contraire aux convenances , mais on conçoit aussi que Voltaire ait été vivement froissé par son refus. Nous devons à ce dépit une de ses poésies les plus gracieuses, où les tu, tels qu'ils étaient employés dans le passé, au temps de la pauvreté heureuse, et les vous, qui conviennent au présent brillant, reviennent alternativement. Ce qui lui valut le titre : Les Vous et les Tu, Philis, — commence le poëme —
Philis, qu'est devenu ce temps Où dans un fiacre promenée, Sans laquais, sans ajustements, De tes grâces seules ornée.
Contente d'un mauvais soupe Que tu changeais en ambroisie, Tu te livrais, dans ta folie, A Tamant heureux et trompé Qui t'avait consacré sa vie?
Le ciel ne te donnait alors.
Pour tout rang et pour tous trésors, Que les agréments de ton âge, Un cœur tendre, un esprit volage.
Un sein d'albâtre et de beaux yeux.
Avec tant d'attraits précieux.
Hélas! qui n'eût été friponne?
Tu le fus, objet gracieux ; Et (que l'Amour me le pardonne !) Tu sais que je t'en aimais mieux.
Puis vient la description du luxe qui entoure la marquise, pour aboutir à cette conclusion que toute cette pompe enchanteresse ne vaut pas un des baisers qu'elle donnait dans sa jeunesse. Mais l'orgueilleuse porte ne devait pas tou-