SUZANNE LIVRY
au milieu de toutes les petites affaires de ce inondé on vivait comme dans un paradis. Mais, outre sa maîtresse, on a aussi un ami, et l'ami devient serpent. Voltaire le présenta à Tamante, et l'ami le chassa du cœur de l'amante. Il était aussi bien aimable, ce jeune Génonville, Voltaire lui-même l'avait reconnu ; donc nulle rupture. Voltaire surmonta son dépit et resta dans les meilleurs termes avec les deux parties. C'était assez son habitude, et nous rencontrerons en son temps un cas bien plus sérieux où il fit la même chose. L'ami mourut quelques années plus tard et fut pleuré dans un adieu poétique; l'amante passa en Angleterre, avec une société d'acteurs, pour y tenter la fortune. Mais la société fît banqueroute et mademoiselle Livry dut s'estimer heureuse de trouver asile chez un compatriote qui tenait un café dans la capitale anglaise. Quelque retirée qu'elle y vécût (aussi retirée que Lindane dans YÉcossaise, composée beaucoup plus tard, mais où l'on reconnaît avec évidence ce souvenir de Voltaire), elle n'échappa cependant pas aux regards d'un marquis français, qui, captivé par ses charmes, lui offrit sa main. Mais elle, en personne sensée, lui fît remarquer la trop grande différence dans les conditions de fortune et refusa la main. Que fait alors ce modèle des amants ? Il fait cadeau à celle qu'il aime de quelques billets de loterie, et un peu de temps après il lui apporte une liste de tirage^ d'après laquelle elle a gagné. Une somme importante lui est comptée, et, cela va sans dire, par l'intermédiaire du marquis, qui avait voulu lever ainsi ses scrupules sur la question de fortune. En effet, la main ne fut pas plus longtemps refusée. Etablie à Paris comme marquise de Gouvernet, on lui annonça un