LE POEME DE LA LIGUE
agréablement surpris d'en posséder enfin une, puisée au cœur même de la nation et née au siècle présent. Frédéric le Grand, qui, prince du trône, y mit une préface, ne faisait qu'exprimer l'opinion des contemporains quand il déclarait Homère et Virgile surpassés. Puis, à côté du mérite littéraire, le poëme de Voltaire avait un mérite patriotique : il était tiré de l'histoire du pays, d'un passé encore vivant, et célébrait dans son héros, fondateur de la paix après une si longue guerre des religions et des partis, la tolérance religieuse que ses descendants n'avaient que trop oubliée, pour le plus grand dommage de la prospérité générale. Le caractère historique et moderne du sujet paraissait exclure le merveilleux, jusque-là admis dans l'épopée; dans son Essai sur la Poésie épique, dont il fit suivre plus tard son poëme. Voltaire jugeait, à propos de Lucain, qu'il eût été ridicule à lui de faire apporter à César son épée par Iris, et descendre à son secours Vénus dans un nuage d'or. Quant aux saints catholiques, sainte Geneviève, saint Denis, saint Roch, il les renvoie à la légende, et l'on ne daigne plus même plaisanter des cornes et des queues du diable. Mais il tenait aussi pour une erreur de penser que cette présence d'être supérieurs est essentielle dans l'épopée; aussi n'avait-il dans la sienne « employé aucune fiction qui ne fût une image sensible de la vérité ; » c'est-àdire qui ne fût une allégorie. Ainsi est au fond son saint Louis lui-même, le patron dynastique de son héros, ainsi toutes les autres puissances. A leur tête se tient, à l'instar de la Junon et de l'Alecto de X Enéide, la Discorde avec . ses serpents et ses torches, unie à la Politique établie au Vatican, la fille de l'Intérêt et de l'Ambition; devant elle