LA HENRI ADE
en tête de laquelle se plaça la famille royale ; Taristocratie tout entière y participa, et la reine étrangère accepta la dédicace qu'avait refusée, dans le pays de Henri IV, le descendant de Henri IV. Outre ce dixième chant et beaucoup d'améliorations de détail, le poëte avait encore fait subir à son œuvre un changement important. A côté d'Énée Henri se tenait à l'origine , dans la première édition française, comme un Achates fidèle, conformément à l'histoire et à la légende populaire, Sully. Mais le descendant de celui-ci , par l'oubli de tous ses devoirs envers le poëte, parut avoir fait perdre à son aïeul tout droit à une telle glorification. Ce nom de Sully disparut pour faire place à celui de Duplessis-Mornay, comme confident du héros. Si, au point de vue le plus élevé, le poëte avait le droit de sacrifier la vérité historique et la reconnaissance due à un grand mérite, à une mésintelligence d'un moment, on peut en douter; mais dans sa lutte pour conquérir sa place dans la société, c'était là un coup terrible que le génie portait à la naissance orgueilleuse.
Tandis que Voltaire punissait ainsi sans ménagement la défection d'une seigneurie, il usait, contre l'infidélité d'un ami dépendant de lui, d'une douceur que nous ne devons pas laisser inaperçue. La nouvelle édition anglaise de la Henriade avait trouvé aussi en France des souscripteurs, par conséquent payant d'avance, et Thieriot avait été chargé de recueillir les sommes versées. Cet ami était un homme de beaucoup de talent, agréable et indulgent dans les relations, mais indulgent aussi pour lui-même. Plusieurs fois Voltaire avait cherché à lui procurer un emploi; mais il avait toujours su éloigner un établis-