LA PUCELLE
question, à la table du duc de Richelieu, des actions de la Pucelle, et du poëme épique que lui avait consacré un poëte du siècle précédent, Chapelain. On s'était surtout égayé sur ce poëme, parce qu'il donnait la jeune guerrière comme une sainte, et le duc avait prétendu que si Voltaire s'était attaché à un tel sujet, il en aurait certainement mieux saisi les avantages. Voltaire avait répondu qu'il n'en aurait, en tout cas, pas fait une œuvre sérieuse; car il y avait dans l'histoire de cette fille, d'un côté, trop de choses triviales, de l'autre, trop de choses horribles. Il croyait la matière plus propre au genre comique qu'au genre héroïque. De toutes parts alors on l'avait engagé à se livrer à ce travail ; après s'être débattu quelque temps il s'y était enfin décidé, et bientôt après il avait lu à la même société les quatre premiers chants de la Pucelle,
L'épopée de Chapelain, parue en 1656 sous le titre : la Pucelle, ou la France sauvée, et qui suit l'héroïne depuis son entrée en scène jusqu'à son cachot à Rouen, est avant tout une chose bien archaïque, qui devait sembler singulière à la génération de cette époque. L'histoire de la jeune fille y est rapportée entièrement dans le sens surnaturel adopté par l'Église. Jeanne, inspirée de Dieu, est appelée au salut de la France par grâce spéciale et sur la prière de la vierge Marie ; cachée par un nuage, elle est portée par les anges à travers les ennemis et présentée au roi; dans la bataille, les phalanges célestes se tiennent à son côté, de même que Satan et ses démons combattent pour les Anglais. Ce fut donc tout d'abord cette forme surannée qui excita la raillerie de Voltaire ; quant à l'héroïne, historiquement parlant, elle eut en quelque sorte à se réjouir de