‹ VolutpéChapitre 16 sur 33 · I .„,,. .,Goo>^li · texte numérisé non relu

I .„,,. .,Goo>^li

TOLUPTÉ. «8

souffrance ou endurcissement. Passé un certain nombre très-petit d'images premières, le cœur devient un miroir tout rayé oîi les objets les plus heureux ne se réfléchissent plus qu'à travers un réseau ineffaçable.

I! était un souvenir contre nous, qu'elle et moi ne pouvions abolir, mais que nous évitions d'éveiller, le souvenir d'une amie absente et trahie. J'en trouvais en ■ mainte occasion madame R. sensiblement occupée et comme empêchée à mon é^rd, non-seulement par scrupule et reproches d'amitié infidèle qu'elle devait s'adresser, mais aussi par crainte que, malgré toutes mes avances, je ne fusse lié en effet ailleurs. Un soir, qu'après un chant de romance ossianique sur la harpe (le chant fait courir aux lèvres les secrets de l'âme), elle s'approchait de la fenêtre ouverte où j'étais debout, et, du doigt, me montrait au ciel une étoile brillante, je lui demandai si elle voulait être la mienne et guider ma vie. — t A quoi bon le demander, me dit-elle, si c'est à une autre que cela dès longtemps est accordé? » Mais, reniant alors Celle' qui n'aurait jamais dû s'éclipser en moi, je déclarai qu'il n'y avait point eu jusque-là de telle étoile dans ma nuit, et que personne n'avait accepté de me verser cette lumière, bien que je l'eusse tant cherché. Pendant qu'elle écoutait avec un regard inesprima&le, un vif rayon (étaitce d'orgueil ou d'amour?) semait de lueurs nouvelles son front moite et douloureux; mes instances et mes serments redoublèrent; je reniai encore : en face et plus près du mien, son doux œil noyé luisait d'une seule larme... l'étoile au ciel ne se voila pas! — A partir de ce jour, je l'entretins directement de ce qu'elle m'inspirait. Mes aveux remontèrent au passé. Je lui racontais, moyennant de certaines omissions, mes longs combats à son sujet, et cette lettre écrite un soir au fort de la crise de Georges : < Je me sentais si malheureux alors, lui disais-je, et si peu aimé à mon gré, qUe j'avais hâte de mourir, n 21»

230 VOLDPTÉ,

Pour diminuer ses craintes de rivalité es les portent; sur plusiJ'un point 4 la fois, po^r luimootrorqHe.iH^ cédemmient j'avais toujours ét^ plua partagé d'ftÂf}^ tiODs qu'elle n'avait cm, je luji Eévélai 6[uelque cboMtd^ jDon attache à madeiaMselle de Miniers, mais.<ici|ii||)e d'un nœud tout à fait détruit. Elle aimait â éoûvtw,et. suivait mes récils avao une ânosse ingénieuseï et ppr. tiente, beui'ouse évidejumeat de l'iDllueuce cQnquîWi, • exprimant son triompbe par un fréquent et malin sou-, rire* et plus fiattte même decegeoredeconâance^'il Deoonvenaît à l'amour.. C'est que, ma'gné wi fond mé^ lancoliqne et cette langueur pleine de promesses, elle n'était pas une nature naïve oii l'amour seuj ppumit tout. Si,dBnElesalléesdupitrcottauretour(ie-quelqu^\ soiréa, marcbantaveceUeimpeu^ l'écart, jeluiraupmurajB mille fois le mot qu'elle m'avait permis dédire,, eiJui Berraiâuoenaaia-qui ne se vêtirait pa^, elle était; U pcemlàre à. s'étonner, k être surprise d'elle-mAme,, et de son cfaangemeat si prompt, et «leBa. docilité à ua^ tel langage- Là où< une autfe, en proie au sentiiaent que j'exprimais, eût été muette ou balbutiante, elW vvait Ve loisir de se regarder et de s'observer jusqv^'au, sein du trouble. A chaque pas fiirtif où je riabduisais,: dUe se rendait compte aus^t et se mettait au pcùnt. de vue du delirors, ae comparant sans cesse k ce qw* l^tourait, touchée, attendrie sansdoui£, mais non pt» subjuguée. Àva. aveux les plus pressants et las fim faits à provoquer l'abandoo, elle ne r^KMKlait que pu. des traits. sentis, mais diecnels «t rares. Elle avait été aimée, une fuis, d'une grande passion, du moinsiqnelques mots d'elle le &i8aientei)t«wke; maisella sa t»saU obstinément fat les particularités et l'issue.. Son mari s'élait-il éloigné à cette occasion? Les premiers torts, en œ refroidissement ûngulier, partaient-ils de lui ou d'elle? Je ne pénétrai rien de clair spr cette histoire. Quant à lui, iX passait assez souvent

TOLUr.TÉ. S3i

à'Auteaii; dans sea rétourade Saîht-Gloiià, oii il acctRupagoait son ministre ; il veaûb diner une ou deux, ftria la semaine, et 'toBjoars (tans, de parlaitest mais âJAidéfi apparences. J'étais bien, jrvec'lui, quoique sao» intSimté, et il ne seoibliak sijtipris ni chioqiié dfi nos Seiir> caUtPesi ■:.■.■,■

Et qa'était devenue' ma foi^ aux choses de DJeu^ la fei'qai tout précédemment «m moa àeur s'annonçait comme renaissante? Qu'elle était loin, en fuiljs et au néant, diassée sans plus de, brait qn'oneombret Aoeri6it& moments d'intervalle peisiUê ou morne danS' la 4ifl, il n'est pas rairequ'il s'^Ûâve et ae forme oulour de nous comme une almosph^ ireligleiise', «t qu'uae «3;>ède de nuage noArricier s'oBsemMe et s'abaisse aux etïvirons. On y baigne, on lé sent déjà 4pû arrose ; lee j«Unes rameaux s'otment et boivent aux sucs invisi- Mes; Hais que Tienne' la tempête, ou sesteihent une bouffée trop hardie ûa printemps, un flot plus andent dii soleil, et' voilà la nuée dissoute et balayée. Ainsi tûessenlMnents^ avaient ta'c.initii durable et vivante se itHnposederatmoâJ>hèroetduTOofaer, et je n'avais en que l'ataiosphère.

' L'étude mal^ tout renouée, un ou deux cours sé- Henx dont je suivais le» leçons, asseï de lectures au betsard, mais principalement philosophiques, sauvaient diàqoe matin quelques heitres de la dissipation des jinméès: Dès mon lever pourtant d'ordinaire, dans cette première fleur Bu désir, f écrivais pourmadameR. tiiie le^eàlaSaint-PrCux, que moi-même je lui remet* tais plus tard ; et, quoîcfu'il n'y eût aucune «[rfSculté de Btlus voir ni decauser, j'avais plaisir à ne rien lui laisser pn^lre du frais butin que j'amassais dans la courte absence, et de toutes ces perles folles que secoue, en le voulant, une imagination tant soit peu amoureuse. A ce collier des perles du réveil, h ce bouquet cueilli des matinales pensées, succédaient des diversions plus

.ooglc

232 VOLDPTfi.

graves, le Jardin des Plantes, le Collège de France,' la Bibliolhèque Sainte-Geneviève. Vers deux heures seulement, quitte du Novum organum ou des récents écrits de Bicbat, des SentimenU moraux d'Adam Smîtb ou des Entretiens métaphysiques de Malebranche, je raccourais à la maison de la Chaussée-d'Antia ou d'Aoteuil, vers cette Herminie pensive que je comparais à celle. du Tasse, dont en eSet-elle portait le nom; son caprice, pour le reste du temps, disposait de moi. Souvent nous restions au logis, même par les plus engageants soleils de mai; elle aimait peu la campagne, quoiqu'elle se hâtât d'y être, et quand j'arrivais, ayant parfois déjà dîné, je la trouvais encore, les pieds assoupis, les soumis doucement obscurs , ses demi-jouars baissés et dans les voiles du matin. Mais ce n'était pas, comme chez madame de Couaën, une vagueet montante rêverie, dont un lac mystérieux pouvait seul donner Timage : en y regardant mieux chez madame R., cette langueur se composait d'une multitude de petites tristesses positives, de petits désirs souffrants et de piqûres mal fermées sur mille points. Elle avait regret au monde, elle portait envie aux situations entourées d'hommages ; elle jugeait la sienne médiocre et trop inférieure à celle de tant d'autres à qui elle avait tout droit de s'égaler. Naturellement peut-être, et si elle s'était vue dès l'abord plus consolée dans ses affections, elle aurait moins ajouté de prix à ces vanités d'apparence; mais leurs misères avaient ea le temps de filtrer goutte à goutte dans sa solitude, comme les pluies à travers un toit peu habité, et elles y avaient creusé de lents sillons et des taches humides. Du seuil de cette vie de silence et d'ombre, elle était donc secrètemâat jalouse de se produire, de regagner son rang de jeunesse et de beauté. Aux parades militaires, aux spectacles et aux soirées, où peu à peu, et de plus en plus, nous allâmes, je lui voyais des velléités de s'épanouir,

VOLCPTÊ. 433

fionarne h la fleur ëtiolée qui croit reconnaître une aurore dans cliaque lumière tardive. Mais ses longs matins restaient assiégés des habituelles et trop chélives douleurs qui corrompaient pour elle plus d'une brise heureuse et plus d'une vraie jouissance. J'attribuais d'abord an seul manque d'amour ce voile de vapeur qui, à certains jours, ne se levait pas; bientôt j'en discernai mieux tous les points serrés et la trame moins simple.

Les débats du procès de Georges allaient s'ouvrir. Je m'étais bien promis, et à nos amis de Blois, d'y assister ; c'était raôme le prétexte allégué pour mon séjour. Je ne saurais vous dire par quel frivole enchaînement je ne le ils pas. Je manquai la première séance plutôt que de retarder ma visite à Auteuil et une sortie avec madame R. Ainsi de la seconde fois et des suivantes, jusqu'à ce qu'enfin il y eut en moi une sorte de parti pris par inertie et par honte. Je me le reprochais comme une lâcheté de cœur et une ingratitude; il me semblait que je faussais un rendez-vous d'honneur. Il fallut pour rompre cet inexplicable éloignement, que madame R. elle-même désirât assister à une séance et me requit d'autorité pour l'y conduire. Kous tombâmes précisément le jour des plaidoyers. Quoiqu'elle apportât tout Tintât de compassion que les femmes mettent d'ordinaire k ces sortes de drames, ce n'était pas dans cet esprit de curiosité un peu vaine et dans cet accompagnement mondain, que je m'étais juré de venir recueillir les derniers actes de mon ami, de mon général, comme je l'avais nommé. Les discours des avocats furmt sans grandeur et au-dessous du râle ; celui du défenseur de Georges surtout me sembla petit de subterfuges. Georges le subissait évidemment avec une résignation chrétienne qui comprimait l'ironie. Hais le spectacle de cette triple rangée d'accusés était solennel et relevait tout; ma pensée y errait; Georges en tête du *x

53* VOLTTPTÉ.

preiuier rang, Moreau en tête du second, te cadavre absent dePichegru, sur qui 1* ocAJeetare.alora ne «l'épargnait pas, d'Eng]tien massacsé, c'était Là ua aiitisiie cfmcotnrsb Quelle proie royale etiguemàie tombéedatts un même &1e(l'<)uel'groupe ehargé< seuLdw aoBtS' funestes, quandde partout ailleurs ï'apprètaiilirEQifûrQ et qu'on regongeait d'îteuivux augure»'^ deNBesfiag«3 fiistueaxl, Jo' Bde- figUiais eel.£iiipine:nai£3aiatt «OBime un grand Carrousel, un Ghamp-de-Mais illimibé, par delà l'aEène coiiisulaire; «t à l'entrée de. oe^idCaoriâre nouvelle; en pataaïit parrar&'tfiomfkbalaïaâaif quisOT' vaiL de porte, la GonHul-Ënap«reur se irouxait/eQ «a momeiUisouB uiieyo&teobsoure«ttessânéQ,:etiîls'yai» pétait assez de l«mps< pour laissée éQi!aaer>,à dvQit#» à gauche, par Sie»liotdursietsansiavoir L'air del'onloinncr, toutes ICfi têt&s. gênant^, tandis que le cort^e «iluiméioe allaiaat sorlir plus radieux auK acolamatioas de; la muitiluda. il; y A aissi» mon aou, des^ «oitea ob* scures, étroites j «tommodeA aux vioLenees-qo'aUestcoiavfent et qu'elLasi seafidUietit- oooiinaaders des. voûl«^ais^ meati sanglantes,^ qui S^. le, 4#saoua àeft. aieài dà tviemphei.sur le pïissH^^ttes aiabitionsi' hurawA^^;. ob c^ paiT. làiiitf'BntrwitiHt soiptmg^evt; fatA^eauniilo^

1q»€^CSI ;, .■;:■'■;., I, l., ■.■■.:■ M,

.Qband l'avocaitdefieoj^eseutâiù, L'aocuaé la^'lom pour lui tendre. la iaun«tileiienieroier d« ses;'«Gbr4s;] Hieist atiuémeiinonieiit, nosTegards-qui jjttsqu9-|ftiS0, s'étaieut pafl> éebasgés se TGDoontcëiroQt» fit jdawg^ {Oofongeût ses item«!Gtmentâ et scu geste idov^'^tit. dlroetioR de son avocat, qui âuit la i^mieniHf, ^ pi» woinel qu'il: m'en i^venaitiune p«iitet,qae; «^ait.un adieu reconnaisflaAt. Tout suffoqué, je tirai àmoi on* dame H-, et noins sorttnies. Je ne revis tieorgïâ qtfa cetLt fois-1(t. < ,

: £t cependant madaioe R. birusquaità tout propos un deuil politique qu'Ole f^mprenslli [HH*.. ft ^ P?r

slst«r qaelque tçmps après avec elle à la première grande fête impériale qui eut lien aux Invalides. Elle inclinait vers ces pompes de l'Empire, elle essayait par degrés de m'y réconcilier, Bt Je l'entrevoyais déjà ambitieuse pour nwii dans le même esprit qu'elle l'était pour elle. La vertu politique s'attiédit vite au souffle d'une bouche qai parle à demi-vois; Mais, comnw e*élait le moment oii retentissait encore sur le paivé de la Grève la tête (te Georges et des siens, je ressentais, «B y songeant, une conftiBion douloureuse et de viBi élans contre ma faiblesse. B'autres troubles s'y joi^ gnaient. Je reçus Tcn àe temps de» nouvelles, qui m'émouvaient toujours, de mademoiselle Amélie et de sa grand'mère. Je les eus par une de leurs' connais^ sances de campagne en Normandiei qu'elles m'adressèrent, an homme de dix ans au moins mon ahié, mais avec qui me lia dès le premier jour tme couFàrittîtë périlleuse de penchants et' d'humeur. Il venait à Paris ^ns but apparent; niais en éWét pour une passion dont il poursuivait l'ot^t, d'ailleurs ' peU r^He. C'était tlbe âme charmante et pour qui là nature arait beaaéoup fait, d'une sensibilité affebie et jprompte à s'Offrir, d'une première fleur en toutes choses, on peu mobile, I^rement gâté, non pas au fond, par la fortune et les plaisirs; il avait été de la jeunesse dorée et de ces folles ivresses; mais aimable, exquis, rompu au monde, sachant les Lettre^ aussi et versifiant marne délicieuseùient, un mélange en^ de tendresse facile et d'esprit fr^çais du meilteitr temps avec des ouvertures de eiHur singulières vers la teli^on. Il m'allait à merveille, et je lui convins; nous en fûmes vite aux confidences. Je lui dis mes perplexités; il y entrait avec un intérêt plein de fraicheur, et comme il sied à une amitié qui ne veut pas rester fade, même à cêté de l'amour; il jetait dans mes sentiments embarrassés des mots pénétrants avec sa supériorité d'expérience. Cette liaison

Page 1