‹ VolutpéChapitre 32 sur 33 · NOIE · texte numérisé non relu

NOIE

La façoD iatime dont 11 a été parlé de LimoëlBO an chapitre XU de ce récit a excité une rëclamation que madame u gœar noue a adreuëe. Cette personne respectable opposequant au foad : l' que l'affaire du 3 nivOse n'était point celle deUmoËlan; 2" qu'il n'a jamais écrit la lettre citée; S" qu'il n'eut jamais pour Bonaparte l'admiration que cette lettre lu! prâterait. • Après le 3 nivOse, continue madame sa sœur, il < fut ciuq mois caché à Paris; il eut l'affreux tourment d'y

• lire dans les journaux les calomnies dont le chargeaient ■ les accusés, évidemment dans le but de se justifier, en

• rejetant toute la culpabilité eur celui qui n'ëlait pas pris.

• Décidé à aller au tribunal pour détruire ces calomnies, » aTant tout préparé pour s'y rendre, y dire la vérité et y a périr honorablement, il en fut empêché par un ami qui « fit envisager à cet esprit foncièrement religieux que ce « serait un suicide que rien ne pouvait justiBer aui yeux de a Dieu. On nous le conserva ainsi; mais son honneur resta « entaché aux yeux de ceux qui crurent à la procédure et aux déclarations des accusés. .. ■ S'ëtant échappé de France, et après diverses vicissitudes, il devint prêtre aux États-Unis et fut placé à Charlestown comme curé de la congrégation catholique. En 18IS, il revint un moment en Bretagne pour revoir sa famille : « Nous ne pûmes le retenir en France, a poursuit la lettre; nous ne pûmes non plus l'engager!

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■ Taire une publication qui rétablit la vérîté dans les Tails

■ qui lui étaient personnels et renvoyât l'odieux à qui il « apparlenait. Je crois que. ce fut là vâritablemeat la péni* « tence qu'il s'imposa... Assez d'autres malheurs avalent « servi d'expiation. Son silence en fut un, qui nous a sans

■ doute attiré le cbagrin de le voir travesti dans un person- • nage aussi inconséquent que coupable, et dont ensuite lei « oeuvres de pénitence tiendraient plus du bonze que da

■ chrétien...* A cette réclamation dictée par un aussi honorable sentiment de famille, l'éditeur de Volupté n'a que peu à répondre. Limoélan, par l'énormité de son acte, est un personnage tout entier acquis et dévolu à l'histoire; son silence même, si expressif et si chrétien, l'a laissé légitimement en proie aux jugements des hommes. L'intention d'Amaury n'a rien eu d'ailleurs que de sympathique à LimoSlaD, et il plaint, il admire même, bien plus encore qu'il ne condamne; i\ idéalise le personnage plutôt qu'il ne le travettit. En ce que ses informations, enfin, peuvent offrir d'étrange et d'inattendu, Âmaury n'est pas tellement en désaccord aiec d'autres témoignages intimes aussi et authentiques : on titera les Souvenirs historiques de M. Desmarest.

Limo€lanest mortenlS26,â Georgestown (district Colambia), directeur d'un couvent de la Visitation, âgé de cinquante-huit ans. Il portait, quand il mourut, le nom da Cloriviére, qui est un des noms de sa famille. U était compagnon d'enfance de H. de Chateaubriand, qui lui a gardé une . place dans ses Mèmoiies.

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Lorsque le romtiQ de Volupté parut, au commencemenl de l'été de 1834, il fut aussitôt accueilli avec bienveik lance, et il passa avec uue extrême facilité : il passa comme une lettre à la poste. ^Cela m'a étonné depuis à la réflexion, mais rien ne prouve mieux la disposition accueillante et large où étaient alors les esprits lettrés et cultivés. Jamais ce qu'on peut appeler la littérature pure ne fut plus régnante dans le monde des écrivains et dans la société. Je ne me rappelle point qu'il y ait eu d'articles de journal bien saillants, si ce n'est celui de Planche dans la Seoue des Deux Mondes; mais je reçus alors nombre de lettres qu'il peut être curieux, après trentehuit ans, de voir réunies ici.

Et d'abord une lettre de M. de Chateaubriand. A Joue principium :

€ Paris, lOluIttet 1S34.

c Ua vie, monsieur, est si entravée, je lis si lentement que je serais trop longtemps sans vous remercier. Je n'en suis encore qu'à la page SI ; mais je voua le dis sans Qatterie, je suis ravi. Le délai! de cette jeunesse et de celle famille est eocbanlé. Comment n'ai-je pas trouvé l» blond essaim au-^iesma de la tête blonde, et ces deux vieillards et ces deuai enfants mtre lesquels une révolution a passé, et les torrents de vœux et de regrets aux heures les plus oisives, et cette voix incertaine qui soupire en nous et qui chante, mélodie confuse, souvenir cfÉ' den, etc.T Bien esl-il beureus pour ma protHlé litt^aire.

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monsieur, que ma jeunesse fût achevée dans mes MémoireSt car je vous aurais certainement volé.

• Je vous quitte pour retourner à vouf). Je pense avec la joie d'un poëte que je laisserai après moi de véritables talents sur ta terre. Agréez de nouveau, monaieBr, je vous prie, les r«merctmeDts bien àncères d'une reconnaissante admiration.

■ CHATBÂUBRIAnD. •

Puis une lettre de Michelet :

« Votre livre, mon cher ami, est de ceux qu'il faut savourer goutte i goutte, jy trouve un monde de sentiments et de pensées. Si j'en joge par ce que j'ai déjà In, voas aveï fait la psychtdogie morale de notre époque. Gosserver cette fînesae d'cit>servation dans l'élan de la poâsie et de la paeûoa, c'est ce que personne ne croyait possible. Aucun ouvrage de ce temps ne soutiendrait comme le vûlre l'examen de détail; tout ce qu'on fait aujourd'hui est de fttbrvpie. Je vous le prédis hardiment : Ceci durera. ■

Puis de M. Villemain :

«Comment, mon cher ami, ne pas vous rtfpondtvf Hais }'li mille choees à vous dire^ et j» devais vouséorire aujourd'hui. Je vous ai reQu et lu, faut-il dire avec quelles impressions, louange, blâme, doute, vif intérêt, admiration. Il y a bien de l'art et du talent ému dans ces pages. 11 y a des choses d'une élégance et d'une finesse d'observation merveilleuse. 11 y a des traits d'inugination et d'éloquence comme on en trouve pen. En tout, c'est une œuvre. Je sais bien une objection grav^ mais. beauCDuf) n'y songeront paa, et je ne la fai9 guëre. J'aime mieux m'attaeher. au côté moral de 'votre livre, et à ees détail» charbianls de coloris afiicain qui m^ont rappelé Atipe et la petite fenêtre d'Ostie; dont je voaa pariais un. joer an So^ bonne, je crois. MaJait y tfurait & raieeuBerbien longteMps sur votre livre, sur ce trésor de rtc|ie ei heureuse dietioo, etloala cette fantaisie de langage si awmëe, ai chatoyante,» pavée, ù simple. Je vous demande à ce st^ un9 conférence. >

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APPBHOICS. 39i

Puis de M. Nisard :

a Je viens d'achever la lecture de votre livre, mon cher ami; vous m'avez charmé, instruit, améliore. C'est ua livre qui DO m'étonne ni de votre beau et noble caractère, ni de votre intelligence, ni de votra merveilleux talent d'analyste; mais pourtant j'en suis ravi comme d'une chose à laquelle je ne me serais pas attendu. Pour le fond, il n'y a qu'à louer et, en bien des endroits, qu'à admirer... Vous avez l'instrument d'analyse et de dépouillement moral le plus aiguisé et le plus délicat que je connaisse, et une tendresse de cœur qui âte toute sécheresse à vos dissectjons inSnies. Pour la forme, vous m'embarrassez ; je ne vous trouve pas tout & fait sous la grande tradition des dix-septième et dix-huitième siècles, mais votre écart est si ingénieux, si fécond en ressources, si éblouissant, que j'ai des doutée malgré moi ; doutes cruels, en ce qu'ils troubleraient presque jusqu'à la seule foi que j'aie ; qui est que nous devons être nouveaux avec la vieille langue des chefs-

Le poète Brizeux, qui, l'année dernière, était à Lorient tout occupé à terminer son épopée des Bretons et h revoir sa charmante idylle de Marie, m'écrivait :

• Lorient, le 21 man 1836

a .... Je suis SOUS l'objet, comme disent les Allemands, et très-faeureux par mon travail. — De quelques vers joints à cette lettre il résnlleroit pourtant que les landes, comme la ville où vous êtes, ont leurs jours de grandes tristesses. Hais quels livres sont les vôtres, mon cher Sainte-Beuvel... Volupté a été plus forte que l'unité paisible de cette terre qui déjà rae dominait, et j'ai retroavé en moi bien des choses qui s'allaient effacer. Un jour, je me réserve d'écrire tout ce que je pense d'un tel Traité de l'dme, mais à vous même je n'oserais. A vous je n'env<He que l'assurance d'une amitié bien vive et toute dévouée. •

392 APPEMDICB.

Voici la pièce de vers qui éiail jointe & la lettre : A DEUX MORTS

Oh I Dcigrme, Amaurj, qui d'un monde bideui, Voyageur» égari^i, étei iortii tou! deui, L'un étreignant la vie au creux de la ttlUe (t). L'autre earernant au clollre une ïme d£iolie. Hais 10U9 deux expirant d'une il douce toIi Que ma triate Armorique en agita lea bois t Oh! s'il est loin du monde un lieu lùr oi) l'on dorme, Dilea-noug, Amaui?, dites, Joseph Deloroie, Où le lit est meilleur et le sommeil plus long I Est-ee 1 l'ombre du cloItreT eal-oe ftu creux du Talion» [DiDi une lande.)

Il m'arriva aussi, dans les mois qui suivirent la publication, de i^cevoir quelques lettres d'aimables lectrices, et une notamment, d'une personne qui ne se nomms point d'abord, mais qui n'était autre que la marqmso (depnis duchesse) de Castries. Cette ravissante personne, née de Maillé, mariée au marquis de Castries, ironique et froid, avait eu de grands succès de monde; et sans être très-jolie de figure, omée de ses cheveux d'un blond ardent, souple de taille, et surtout d'une vivacité, d'une grâce de mouvements incomparable, riM n'égalait son elfel, disait-on, lorsqu'elle faisait son entrée un peu tard, sur l'heure de minuit, dans un bal de la cour. Elle s'attacha bientôt d'une passion sérieuse k H. de Mettemich, fils du prince ministre (d'un premier ]it); elle l'accompagna en Italie, et lorsqu'il mourut de la poitrine, elle le soigna jusque dans l'agonie avec nn dévouement sans bornes. Je possède la croix d'argent

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qu'il avait bsisée de ses lèvres mourantes et qu'elle voulut bien me confier dans un jour d'effusion, au moment d'un départ pour un voyage. Kevenue d'Italie en France k demi paralysée des membres inférieurs, mais ayant conservé la grâce des gestes, et avec un goût trèsvif de l'esprit, elle se lia avec Balzac (qui l'a mise dans ses romans sous le nom de duchesse de Langeais], avec Janin. Puis le roman de Volupté, qui lui avait plu, commença d'elle à moi une liaison qui devint vite une tendre amitié : mes Poésies de ce temps-là en offrent plus d'un témoignage. J'avais le plaisir, dans ses matinées de quatre h six heures, ou après le dîner dans la première soirée, de rencontrer autour de son fauteuil, tandis que son cher enfant Roger jouait ou reposait auprès d'elle, son oncle le duc de Fitz-James, son père !e duc de Maillé, excellent homme qui ne se faisait pas scrupule sous Louis-Philippe d'aller de sa personne dans les nilnistères solliciter en faveur des pauvres pensionnés de la Hste civile. II s'y joignait d'anciens adorateurs de la marquise du temps de ses élégances, M. de Chabrillant, M. de Balincourt, etc. Elle excellait à assortir toutes ces diversités et ces contraires. La très-jeune et jolie madame Grimblot, fille naturelle du duc de Fitz-James, égayait ce cercle intime par ses espiègleries piquantes. Voici la lettre, non signée encore, que m'envoyait madame de Caslries peu après la publication de Volupté ;

• Essayer de vous exprimer combien votre beau livre m'a prorondéroent émue serait une tâche (fifScile pour une pauvre femme ignorante de tout, excepta des chagrins de la via.

■ 0£i en serait d'ailleurs l'intérêt pour vous, monsieur! La curiosité est un sentiment bien vulgaire pour celui qui l'éprouve ei pour celle qui i'inspire; nous valons mieux tous les deux!

« J'ai lu une critique qui vous reproche ce qui rend votre livre un ami, un aide, un consolateur. La maia qui sonde la

384 APPBNDIOB.

cieur et le soriHfl, en approfondissanl nos blessures, nos mitères et nos douleurs, peut-elle jamais trop avancer dans l'analysel

u J'aime l'ouvrage qui me révèle à moi-même, qui m'eiplique les luttes, les pensera rêvés, trop faible que j'étais pour en soulever le fardeau ou trop impuissante & l'exprimer.

« J'aurais cependant gaidé mes impressions pour mm snda sans les pages que vous consacrez à la mémoire de l'abU CarroD ; il m'a semblé que je devais vous remercier de cet hommage. Je n'ai pas connu l'abbé, mais son nom m'est sacré et s'unit à tout ce que je respecte. C'est lui qui a béni ma mère sur son lit de mort : c'est lui qui a recueilli le dernier vœu de la sainte et qui l'a accompli en ouvrant à mon griad'père une nouvelle et pieuse vie. Si j'avais pu dans ce moment dispasci de ces papiers de famille, je vous les aurais envoyés, et vous y auriez vu tout ce qu'il y a de doux elde simple dans l'admirable vertu de cet homme de Dieu.

■ A l'abri de ces souvenirs, je ne crains de vous, monâeur, ni une plaisanterie, ni une indiscrétion; j'eqière même que vous ne me refuserez pas quand je vous demanderai d'écrire votre nom sur le volume dans lequel je place mon billet. Peutêtre un jour pourrai-je vous rencontrer, et certes ce serait uns heure qui aurait une valeur véritable pour moi.

•> Reraerclment et reconnaissance pour le plaisir que je voua dois.

■ Vous voudrez bien ne pas demander mon nom à moa envoyé. Je ne fais pas de mystère, je me mets dans l'ombre. •

Le livre répoadail certainement à une disposition maladive qui couvait alors dans la jeunesse et qui n'avait pas été rendue encore à ce degré. C'était u une sorte de langueur rêveuse, attendrie, énervée, » que j'avais nommée de ce nom de volupté, et que plus d'un jeune lecteur reconnaissait en soi-même dans cette description faile d'après nature. D'autres esprits distingués, qui ne la retrouvaient pas également en eux, n'envisatjeaient pas celle description sans une sorte de crainte. De ce nombre était le critique ingénieux et un, Charles Magnin ; il m'écrivait (21 juillet 1834) :

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• >•• J'ai In la moitié de votre ouvrage, mon ami; je vais doucement, parce que je ne le lispaiseul (i). C'est nne étude bien hardie sur la nature humaine. Je vous avoua qu'il y a dans les sentiments que vous exprimez avec une si sagace analyse des choses que je n'ai jamais sentieB, que je ne sentirai jamais de la même manière; il y en a quelques-unes m6me qni me font l'eSët d'âtre impossibles : cela prouve seulement qne je ne suis pas malade de la même maladie qu'Âraaary, tant les misères de chacun de nous diffèrent 1 Votre livre, bien pins riche de découvertes psychologiques, est de la même famille qu'Adolphe; cette peinture de l'atonie munie est profondément triste ponr nous; elle l'est surtout pour ceux qui, sans l'éprouver, la craignent dans cens qu'ils aiment : c'est précisément ma position ; aussi, mon ami, votre livre me ftiit-il beaucoup souffrir et craindre. J'aurais bien du plaisir à en csnser longuement avec vous; ce sont des livres qui, plus ils sent beaui, plus ils tous désolent. Aussi le viktre ne me dësole-t-il pas médiocrement. Vous avez 6té l'hypocrisie de l'amour h la Ronsseau, et cela est par&itement bien ; mais n'avez-vsns pas été trop loint Non, ce que vous avez pnnt n'est pas rétat normal ; c'est uns eieeption rare. Enfin, vous avez réossi. mon ami, puisqu'on vous prend à partie, qu'on vous contredit et que vous émouvez si profondément : la cbirargie n'est pts douce, et les livres vraiment monus sont cruels... »

Placé à un tout aulre point de vue que Magnin, Lermwier son antipathique, qui était alors & la t€te du mouvement des Écoles et qui, dans son cours du Collège de France, chauffait les esprits de la jeunesse avec talent, mais avec fracas, avait reconnu dans le roman une mëthode intérieure directement opposée à la sienne, et rencontré plus d'une remarque contraire à ce genre de démonstrations bruyantes; il me le disait et s'en plai-

(I) Magnin, bien que trèï-discnt, tenait brt à ce qu'an iM ou qu'on devinât qu'il avait une amie avec qui il pagaait presque toutes tel soiriei .

gnait Si moi, avec beaucoup de bienveillance d'ailleurs et

d'amitié (26 juillet 1834) :

■ Mon cber Sainte-Beuve, deux fois j'ai eu le déplaisir de ne pas voos trouver chez vous; je venais vous remercier de votre envoi de Volupté, et vous dire tout ce que m'avait tail éprouver cette lecture. Il y a looglemps, mon cher ami, que je vous admire et que je voua aime; ta lecture de votre roman a sia* guliërement augmenté mon admiration pour votre taleot, et l'amitié me fait un devoir de vous dire avec une entière tnachise ce que j'ai senti et pensé du fond des sentiments et des idées. Vous avez été bien loin dans les profondeurs de V&m», et vous avez tiré une grande poésie des secrets du mysticisme et du cœur. Votre roman a des beautés de tous les temps, parce qu'il met en lumière les mystères et les douleurs de notre nature. Hais pourquoi donc, mon cher ami, faire une réaction si passionnée et si ardente contre le mouvement du siècle et contre les activités, — inférieures, je le veux, — qni se consacrent à le servir T Croyez-vous qu'on ne puisse joindre au dévouement social un immense d^oùt du présent et un immense amour de l'in&nif Ah 1 mon ami, celui qui vous écrit n'est peut^tre pas moins frappé que vous des misères du présent, mais il diffère sur la manière de se conduire et de se diriger au milieu de ces infirmités. Pourquoi donc nous abandonner? Vous rappelez-vous, mon ami, quand nous étions ensemble au Globe avec notre cher Leroux, de quelle anleur nous marchions tous les trois dans la même voieî Pourquoi ne pouvons-nous parler encore de notre union et de notre aolidaritéT

a C'est ici, mon cher Sainte-Beuve, mon cœur qui parle au vôtre. l'aurais trahi les lois de la sincérité et de l'amitié si je ne vous avais exprimé frtinchement tous les sentiments que m'a fait éprouver votre livre, mon admiration, mes regrets, mes plaisirs, mon chagrin. Vous avez obéi à vos convictions, vous trouverez naturel que j'obéisse aux miennes. Adieu, mon cher ami ; je vous serre la main avec la persuasion que cette lettre ne m'ôtera rien ni de votre amitié ni de votre estime. >

D'un autre côté, un prêtre, l'abbé Cosle, curé k Pé- .oogic

zenas, ayant quelques années après à m'adresser une question relative à un texte de Jansénius, en prenait occasion de revenir sur mon roman qu'il avait lu, et je reçus de plus d'un ecclésiastique, dans te temps, des confidences pareilles :

« Permettez-moi, monsieur, avant de fermer ma lettre, de vous dire tout le plaisir que m'ont procure vos ouvrages... Vohtpté surtout est d'une vérité effrayante. Je ne comprends pas que vous, monsieur, homme du monde, ayez pu sonder ainsi et poursuivre le vice dans ses illusions, ses agitations, ses transformations, ses délires, ses excès, ses remords. Je croyais naïvement qu'il ne pouvait y avoir qu'un confosseur, homme d'esprit, d'observation et d'expérience, capable de le saisir ainsi et de le dépeindre.... •

Hais le plus précieux témoignage en ce sens, celui qui eut le plus de saveur pour moi par sa distinction et sa vérité d'accent, d'autant mieux que la personne supérieure k laquelle il échappait ne pensait pas qu'il ddt jamais tomber sous mes yeux, est assurément celui d'Eugénie de Guérin. L'un des cahiers du Journal intime qu'elle continuait d'écrire après la mort de son frère, en mémoire et comme en présence de lui, dans sa solitude du Cayla, Enit sur cette page :

« 9 janvier 1840. — ... J'ai assez de mes robes de Paris, tandis que l'Ame n'a jamais trop de véture. J'aimerais des livres, quelque chose où je m'envelopperais la pensée toute transie au froid de ce monde, quand je sors de mes prières, de mes pieuses méditations. Cela ne peut pas durer tout le jour, et je souffre n'ayant nulle lecture où me réfugier. Notre-Dame de farit, que j'avais demandée, ne m'est pas venue : on m'a porté la Cité de Dieu, de saint Augustin, ouvrage trop savant pour moî.Ce n'est pas que partout on ne puisse glaner quelque chose, mais sur ces hauteurs de théologie, ce n'est pas mon fait, l'aime d'errer en plaine ou en pente douce de quelque auteur

parlant à l'âme, i ma portée, comme, par exemple, H. SaÏDt» Beuvo, dont je faisais mes délicat l'hiver deroier à Paris et dont s'amusait fort votre gravité railleuse. C'était vous pourtant, ou quelqu'un de vous, qui étiez cause que je lisais cette Tolupté, parce que Maurice m'avait dit que c'était ce qui avùt converti votre frère et l'avait jeté dans son séminaire (!)■ Le singulier livre, pensai-je, pour produire de tels effets! il faut le voir; — et ma curmsilé n'a pas été mécontente. Il f a des détails chanrrante, de déKoieuset mimatur», dea vërttéa <h

Madame Desbordâs-VatmoK, dans un séjour k Orléans auprès de son amie madame Branchu, lisait le rouan et en écrivait h. son fils ŒppolTte (S juillet 18fô) :

« ... Je t'en prie, lis Vobiplé quand je serai de retour; je m'y consacre et je m'y attache comme à tout ce qu'il écrit. U y a de Rousseau, il y a de Harivans; il y a surtout âe loimdme et des ailes d'-oïseau qui contrastent baaucoiQ> avee Is mélancolie du fond. Mais c'est par cela mËme que c'est vrai. Nous ne sommes pas tout d'une pièce. Ces nuances infinies deviennent très-attachantes, parce qu'elles forment mille portraitai tous ressemblants, de la mdme peraonne que nous aimons. >

Je dirai aussi, puisque j'en suis Si oompler les suffrages, que, si j'eus pour moi M. de Chateaubriand, que si j'eus madame Swetchine pour lectrice très-attentive et favorable, ainsi que l'atteste plus d'un passage de ses écrits [2],

(J) GbbI ■'■dretsaît.à U. Barbej d'AnrevUlj, dcut le ttire ettimi*- ■lonualre. Le Père d'AoreTill; m'a fait lui-même l'honneur de m'éerire que ta, lecture de Volapii iCua.it pas nui & sa dèlermiDatloii premlirc d'embrauer Is rie ecelËslistEqDe.

(Ti HBdBDM SweteblDB mit rolaiiH da 1& lecture fle TUi^M on eipraulon, entre aulrei, ipii rendait bien u. pentée et qu'elle tlBuit i citer : o'eeldutB le ehap. XIII, page ISS.lorsqu'Ainaurj eharchek dialLnguer l'amour humain, toujoura plui ou moins igolate, de ramonr disintÉreMË et pur, qui vit de sacrifice et qui sait eancilier en lui loua It» bons amoun : il caractËriee le premier en ces termes appranrfr et adoplte de madame Svretcbine : fetmemt pauvreté d'un ocJaiff amour. Elle lei rstravTdt nm» u pluua^i l'AfiMlion.

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APPEMDIOB. 390

le livre ne plut ni à La Hennais qui le jugea trop subtil, ni à Lamartine qui l'appelùt uu livre à deux /fns, et qui peut-être (faut-il le dire)? ne s'était point vu avec plaisir devancé dans l'idée de Uconfession suprënw, reproduite par lui deux ans après dans son poSme de Jneelyn. Mais de tous les jugements qui me vinrent de la part d'illustres amis, aucun ne vaut pour l'étendue de l'esamen, le poids de l'éloge et le sérieux des objections, celui de madame Sand. Elle était alors dans une sorte de convalescence morale, après la crise er le déchirmnent qui avaient suivi un certain voyage d'Italie. Revenue dans son Berri et entourée de ses vieux amis du pays natal, elle se remettait doucement du naufrage des passions an sein de la natnre et de l'intimité. Je reçus d'elle la lettre suivante, qui cWt et couronne dignement cette espèce de tournoi critique auquel on vient d'assister :

« NobuiV 3t lepteobre 1834.

H Je veux vous dire, mon ami, que j'ai lu votre livre, bien tard SMS doute; mais j'arrive d'uu pafs pudu où j'éiais tombée daoe l'abrutiMemeotte plus complet, C'eet ioi eofin que j'ai trouvé un peu de repoB.Bar la lisière de la Vallée noire, dans mon pays, au milieu de mes camaradœ et de meearais, auprès demes enfants :. là seulement j'ai pu lire, et le premier Jivre que j'ai ouveirt a dté le vôtre. Ce que vous m'en aviez confié ne m'était pas sorti de la mémoire, et j'en savais les moindres détails : néanmoins j'ai voulu tout recommencer, et je vetts vous dire comment je l'ai fait. Un de mes amis, un des meilleurs, homme grave, triste, vertueux, admirable, tenait le livre et lisait à haute voix: lés autres ëcoutaieul religieusoment, étendus sur l'berbei leafioftats jouaient, maîsenseparluil> tâen bas, pour ne pas nous déranger, et je fumais pour aïoir les îdéee plus nettes «t mieux entendre. Je ne crois pas qu'aucune l«cture m'ait émue autant que celle-là. Je ne vous iconnaitcais pas du tout que c'aùi été la même chose quant k

radmJratioDquej'aî ressentie; mais cette longue biatoireù belle, si vraie, si triste, racoDtéa par vous, m'a touchée profondëment. Le lecteur a une voix lente, uniforme et profonde qui semblait faite exprès pour le style d'un pareil récit; sa figure, son caracière, tout ce que sa vie oQïe de grandeur et de souffrance, l'extérieur et l'intérieur, tout le rendait digDi d'être votre interprète, et je me Qatte que nulle part vans n'avez été mieux lu et mieux entendu.

■ Si je me laissais aller à mes émotions et & mes sympathies, je vous dirais que Volupté est une œuvre parfaite. A en juger sévèrement et froidement, je crois pouvoir encore vont dire que c'est le plus beau roman qui existe dans notre littérature nouvelle. L'ordre, la marche, l'enchaînement, le développement, te dénomment, sont, dans leur cours paisible et simple, d'une évidence, d'une clarté, d'une nécessité admirables. La caractères sont d'une pureté et d'une beauté sublimes. Il n'est pas un rèle négligé : ceux même qui apparaissent le moins, mademoiselle de Liniers, madame de Cursy, sont eocore des figures frappantes et qu'on n'oublie jamais. Ce que j'admire et chéris dans ce livre, c'est que toutes les figures sont belles, même les moins belles, car madame E. pourrait encore Sire aimée de nous après qu'Amaury s'est plaint d'elle et nous i raconté ses travers. Il semble qu'Amaury ne puisse peindre qu'à la manière de la vieille Italie chrétienne, qui ne cherchiit le vrai que dans le beau, et qui n'étudiait la nature que dans sa perfeclioQ. C'est un cadre où des vierges, des saints et des anges se présentent avec diverses expressions, mais dont cbaqw tête est un type de grâce ou de beauté.

« Le caractère qui me plaît le mieux, parce qu'il est peutêtre absolument neuf en littérature, et qu'il est profondément vrai dans la vici est celui de M. de Couaën. Le fait de l'art était de le revêtir, comme vous l'avez fait, d'une beauté si austère et d'une tristesse si imposante. Pour ma part, je voos remercie de celle création, et tous mes amis de la Vallée noir*, qui sont peu littéraires, mais qui sont gens de bon coeur et d> ben sens, se sont prosternés devant elle.

« Je n'ai rien lu de plus adorable que le portrait des deoi enfants, la chanson d'Arthur, le Jasmin, etc. Vous auriez sMiiî en nous voyant tous pleurer sa mort, et ensuite celle de si mère. Comme vous savez faire aimer vos personnages! ViHli

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