LVIII. SAGESSE ET HUMILITÉ DE CŒUR
que fera un enfant de quinze ans durant les vingt-cinq années qui vont suivre?
Il y a, même dans la vie la plus tranquille, des circonstances inattendues, entre l'âge de quinze ans et celui de quarante; il s'y rencontre plus d'une heure d'épreuve, de souffrance, de tentation, et qui sait? de folie et de péché. Ma capacité de pécher est presque incalculable : une fois tombé, je ne saurais dire jusqu'où je puis m'enfoncer, ni à quelle profondeur d'infamie et de dégradation je puis atteindre. Comme dit le poète, « au-dessous du plus profond abîme, il en est un autre plus profond. »
L'époque la plus critique de la vie est celle qui précède la formation des habitudes ; or, il faut des années pour former des habitudes vertueuses, presque autant que pour former un homme. De quelles vertus ai-je donc besoin?
Prenant la parole de Dieu pour guide, je trouve deux vertus spécialement recommandées : l'une dans l'Ancien Testament, l'autre dans le Nouveau. La première est la sagesse, la seconde est l'humilité de cœur. Comme Salomon venait, encore tout jeune, de monter sur le trône, le Seigneur lui apparut et lui dit : « Demande-nwi ce que ta voudras. » Et Salomon fit cette prière : « Donnezmoi la sagesse et l'intelligence. » Et cette prière plut tellement à Dieu qu'il lui accorda, en plus de la sagesse et par
surcroît, beaucoup de richesses.* « Heureux rhonime qui a trouvé la saqesse !
celui qui la possède aime son âme.^ »
La définition de la Sagesse nous est donnée par Job : « La crainte du Seigneur, voilà la sac/esse ».^ La sagesse est ce que nous appelons « le bon sens, » le bon sens qui nous fait vivre sous le regard de Dieu, qui déteste l'excès et ne nous permet pas d'aller indéfiniment, sans limite, dans une direction ou dans l'autre, excepté dans celle de l'amour de Xotre-Seigneur. Celui qui possède la sagesse met des bornes à tous ses plaisirs; il ne s'entête pas à poursuivre une querelle, et se rappelle que, dans la plupart des choses humaines, il vaut mieux ne prendre que la moitié de son droit. Il dit beaucoup moins qu'il ne pourrait dire, et rarement déploie toute sa force, car peu de choses méritent un tel effort. Il abhorre le langage violent et outré, qui est la peste de notre temps et ruine les intérêts temporels des hommes aussi bien que leursintérêts éternels. L'homme sage n'abuse pas des épithètes; il n'exprime pas ses propres sentiments au superlatif; il déteste l'extravagance, la grossièreté, les excès sensuels, et ne gaspille pas sa vie en frivolités. Il dis-
(1) II Chroniques, i. 7, 12.
(2) I Prov. m. 13; xix. 8.
(3) Job, XXVIII, 28.