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LIX. LE PÉCHÉ MORTEL, GRAND MAL

péché mortel; et bien que la lèpre, je l'avoue, m'inspire plus d'horreur que le péché, cependant, si j'avais à choisir, j'espère qu'avec la grâce de Dieu, je préférerais la lèpre au péché. »

Ce n'est pas là une question de sentiment, mais de choix. Supposons qu'un homme se soit enivré durant la nuit et que, dans son ivresse, il ait perdu une somme de raille francs; quand il se réveille, le matin, il est bien plus fâché d'avoir perdu son argent que d'avoir commis un péché d'intempérance. Il peut se trouver dans les mêmes sentiments quand il ira se confesser, et néanmoins avoir un repentir suffisant pour recevoir une absolution valide. Il lui faut seulement reconnaître par la foi que, si la perte d'argent lui cause un chagrin plus grand, le péché est un mal plus grave; de telle sorte qu'il prenne la résolution de ne plus s'enivrer — avec le secours de la grâce de Dieu — même s'il pouvait, en s'enivrant une seconde fois, recouvrer son argent.

Aucune autre disposition que cette absolue préférence de son bon plaisir ne saurait contenter Dieu ou nous introduire dans ce que nous appelons « la voie royale » de notre Maître et Créateur. Notre-Seigneur prétend être aimé par-dessus tout, c'est-à-dire être préféré à tout, par un choix délibéré. L'abandon délibéré de Dieu, qui est le péché mor-

tel, doit toujours être regardé comme la pire des choses, le plus grand de tous les maux, celui dont on doit se garder avec le plus de soin. Dieu attend de nous cette persuasion intérieure que notre suprême intérêt et notre unique affaire ici-bas, c'est de vivre et de mourir dans sa grâce sanctifiante. D'autres avantages peuvent affecter plus vivement notre sensibilité; mais nous devons être résolus à leur préférer toujours, dans la pratique, le suprême et éternel avantage. Avant le baptême de la reine Victoria,* il fut question de la nommer Alexandrina Georgina : Alexandrina, du nom de l'empereur Alexandre de Russie , et Georgina à cause de son grand-père, le roi alors régnant, Georges IV. Mais celuici déclara que son nom ne devait jamais venir en second lieu, après un autre nom, et c'est pourquoi l'enfant fut appelée Alexandrina Victoria. Avec combien plus de raison Dieu Notre-Seigneur insiste-t-il pour que ses droits et son Nom royal ne viennent jamais en second lieu, après ceux d'une créature! La prière :

« Que je perde toutes choses, même la vie, plutôt que votre grâce par un péché mortel », n'est pas celle d'un Saint en extase : c'est la prière de tout homme qui veut servir Dieu et sauver son âme.

(1) Victoria, reine d'Angleterre, née en 1819, morte en 1901.

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