VIII. AVANTAGES SUR LES AUTRES
pour le service de ses semblables. Par conséquent, le témoignage que les autres hommes rendent k son excellence, loin d'être pour lui le motif d'une vaine complaisance, lui montre la voie ouverte pour se mettre au service du prochain. » Ainsi écrit saint Thomas d'Aquin, dans son traité de « l'Ambition ».
La comparaison suivante fera peutêtre mieux comprendre le sens de ces paroles.
Plusieurs chevaux étaient dans un champ, où un homme venait quelquefois pomper de l'eau pour leur donner à boire. Un de ces chevaux fut assez adroit pour l'imiter, et il apprit à faire manœuvrer la pompe. Les autres chevaux ne pouvaient en faire autant, mais quand ils voulaient boire et que l'homme ne venait pas, ils mordaient leur adroit compagnon jusqu'à ce qu'il eut pompé pour eux Ce cheval représente l'homme riche, l'homme de talent, l'homme qui possède quelque supériorité sur ses semblables, ou l'enfant qui a quelque avantage sur ses camarades. Sans attendre d'être mordu, ni même prié, il doit mettre ses ressources au service de tous, de manière que tout aille mieux autour de lui, parce qu'il est plus fort que les autres.
La mauvaise tendance de la nature humaine porte à user de la supériorité d'une manière bien différente, pour la
satisfaction des passions personnelles et des désirs égoïstes, à fouler les autres aux pieds, à les tyranniser, a leur faire du mal, dans leuràme et dans leur corps, à les sacrifier à notre amusement et à notre plaisir. Cette disposition était appelée par les Grecs u[3p'.;,* un mot assez difficile à traduire. Un caractère tyrannique est peut-être le terme français qui s'en rapproche le plus. Le tyran, tel que Platon le décrit, est directement opposé au chrétien, au disciple de Celui qui vint, « doux et humble de cœur, » « non pour être servi, mais pour servir.^ » L'enfant tyran est celui qui fait servir ses avantages sur ses camarades à la satisfaction de vues égoïstes, exigeant que les autres s'inclinent devant lui pour le plaisir qu'il éprouve à sentir sa supériorité, et sans aucune idée de s'employer au bien commun. Il oublie complètement cette vérité que les dons naturels, l'agilité au jeu, une belle voix, une intelligence vive, une haute naissance, une grande fortune, sont autant de talents que Dieu lui a donnés pour le bien de ses semblables, et de l'usage desquels il devra répondre devant Dieu. Quand donc comprendrons-nous que les avantages de la nature ou de la fortune sont des responsabilités, des choses dont il faut user avec crainte, et non un aliment
(1) Violence, orgueil. (2)Math. xi,29. .\x,28.