LXVIII. — Maintenant, c'est le bon moment
C'est toujours le bon moment pour faire le bien, quand le bien se présente à moi et que j'ai la possibilité de le faire. Saint François de Sales, étudiant à l'Université de Paris, souffrit longtemps et cruellement de l'horrible pensée qu'il devait être damné. Enfin, il repoussa la tentation, et en triompha complètement de cette manière. 11 se dit avec courage : Eh bien! si je dois être privé de la vue et de l'amour de Dieu pendant l'éternité, je veux au moins l'aimer de tout mon cœur en ce moment où je le puis. »
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Voici le bon moment pour moi — aujourd'hui que j'en ai la passagère occasion, — de surmonter une tentation, de faire un petit acte de charité, d'augmenter mon savoir en étudiant une demi-heure, d'attendre avec patience quand je ne peux rien faire de mieux, de supporter un mal de tète, de vaincre le sommeil, d'endurer une petite peine.
La vie ne saurait être remplie de grandes actions, ni même d'actions d'un avantage manifeste pour soi-même ou pour l'humanité. II y a beaucoup de marge et d'intervalle dans le tissu de l'existence humaine; il faut les combler de pièces de médiocre apparence, mais faute desquelles ces intervalles vides de bien se rempliraient vite de mal.
Nous verrons, pour peu que nous y réfléchissions, que beaucoup de péchés se commettent dans nos moments libres et inoccupés, tandis que nos heures de travail, de sport ou de jeu actif, sont ordinairement innocentes. L'auteur de « rimitalion » dit^ que nous devons nous appliquer à des œuvres plus humbles quand nous sommes moins disposés pour les œuvres plus relevées. Nous devons nous contenter, à certains moments, de n'importe quelle occupation innocente et permise, et nous consoler en pensant que toute œuvre licite est
(1) Imitation, liv. ni, ch. 51.
une œuvre méritoire en celui qui possède la grâce sanctifiante.
D'autre part, je dois être jaloux des heures durant lesquelles mes facultés sont plus propres au travail. Je dois en être jaloux, même dans mon intérêt humain. Ce sont des heures précieuses durant lesquelles je puis et je dois me préparer pour atteindre l'excellence dans ma profession. Que je ne prenne jamais la vaine excuse que les professions sont encombrées. Elles ne sont pas encombrées d'hommes compétents. Ceux qui les encombrent sont les paresseux et les incapables.
A tout point de vue, pour ce monde et pour l'autre, c'est maintenant le moment de travailler pour m'élever très haut dans la vocation à laquelle Dieu m'appelle. Que je sois homme de loi ou soldat, médecin ou prêtre, je dois viser à la supériorité dans ma profession et fournir tout ce que je puis donner.
Pour exercer ma profession, j'ai besoin d'être un homme sain, bien constitué :
il faut donc que je prenne de l'exercice au grand air. Mais je dois me poser une autre question. « Te prépares-tu pour être un acrobate ou pour être un homme d'étude? » La formation n'est pas la même pour les deux états. « Entends-tu devenir un sportman de profession? » Cette intention m'autoriserait à consacrer plus d'heures aux sports