LXVII. POURQUOI ME HENONCEH
mes des êtres raisonnables : l'honneur, la science, l'amitié; d'autres enfin que nous recherchons comme chrétiens : la sainteté, les Sacrements, le ciel. Tous ces désirs peuvent être réglés et harmonisés; mais il y faut un effort vigilant, car ils ne s'harmoniseront pas d'euxmêmes.
Le désir de la nourriture et de la boisson domine tellement quelques individus qu'ils en oublient d'acquérir la science : leurs heures d'études se passent en véritables orgies, du moins par la pensée. Chez d'autres, la curiosité de la science est satisfaite au dépens de la prière et avec péril de la foi. Ainsi, le renoncement doit remplir en moi la fonction d'un agent de police : faire régner l'ordre dans la foule de mes désirs désordonnés.
Il est un désir qui peut s'élever en moi et sur lequel je dois veiller : ce n'est ni le plus fort, ni le plus bruj ant, mais un désir paisible, d'une apparence respectable, doué cependant d'une prodigieuse vitalité, un désir qui graduellement domine et dépasse tousles autres.
Quel est-il? Le désir de mes aises, le désir, très naïf et très candide dans son excès, de ne rien faire et de végéter doucement.
Il y en a chez qui ce désir n'attend pas l'épuisement de la vieillesse pour arriver au paroxysme, chez qui il se
rend, dès l'enfance, maître et seigneur suprême. Suis-je dans ce cas? La complaisance pour ce désir de «jar niente » ne me conduira pas à la fortune en cette vie, et pour ce qui est de la vie future, quand on priera sur mon cadavre en disant : « Donnez-lui, wSeigneur, le repos éternel, » les anges ne pourraient-ils pas répondre : « Mais il y a longtemps que cette créature est entrée dans son repos; elle a dormi, toute sa vie, comme une marmotte; de quel droit réclamer le repos de l'éternité pour celui qui n'a pas travaillé durant le temps? »
J'ai besoin de renoncement pour vaincre ma paresse.