IX. — Confessio fucata
« Fucus )) est un mot latin qui désigne la peinture, plus particulièrement la peinture que certaines personnes se passent sur le visage, afin de paraître plus belles ou moins laides qu'elles ne le sont réellement. Ainsi, « fucus » signifie « fard » ou « feinte. » Confessio fucata est le nom que donnent les théologiens à une confession feinte ou mensongère, une confession qui n'en est pas une, pour laquelle on ne reçoit pas d'absolution valable; en d'autres termes, une mauvaise confession.
Une mauvaise confession est une confession sans sincérité, dans laquelle, pour se servir d'une phrase emplo\'ée dans les transactions commerciales, le pénitent ne veut pas conclure dafTaires, n'a aucune envie de prendre les moyens requis pour se faire pardonner ses
(1) Sag. M, (i. (2; Luc, XII, 48.
péchés. D'autre part, toutes les fois que je vais me confesser, désirant de tout mon cœur le bien faire, ma confession est bonne. Il peut y manquer quelque chose : par ignorance, par oubli, par une confusion de mon esprit, je puis omettre une faute ou une circonstance que j'aurais dû dire, comme je puis, pour les mêmes causes, mal répéter mes leçons. La prochaine fois que j'irai me confesser, je n'aurai, si je me suis aperçu dans lintervalle de mon étouF'derie, qu'à rectifier la chose, en disant alors ce que j'aurais dû dire avant. Mais cette omission n'a pas rendu mauvaise ma première confession : seule, l'omission volontaire d'un péché mortel, l'absence de toute contrition ou de toute sérieuse intention d'éviter le péché grave à l'avenir, ces défauts-là, dis-je, peuvent seuls rendre une confession mauvaise.
De cela je puis déduire que tous ceux qui font une mauvaise confession le savent; ils savent qu'ils se mocjuent de Dieu, et ils n'ont pas envie de faire leur devoir. Or, comme dit saint Paul, « on ne se rit pas de Dieu.^ » Il n'y a pas de chemin conduisant plus directement à l'enfer que les mauvaises confessions.
Voilà les clous qui ferment le cercueil du malheureux; voilà ce qui le condamnera à la mort éternelle.
(1) Galat. VI, 7.