‹ Vous etes a Jesus-ChristChapitre 146 sur 155 · LXXVIII. GRATITUDE · texte numérisé non relu

LXXVIII. GRATITUDE

Beaucoup de personnes, d'ailleurs reconnaissantes envers leurs bienfaiteurs humains, ne le sont pas envers Dieu, parce qu elles ne comprennent pas que Dieu a pris soin d'elles et désire être leur ami, que tous les biens dont elles jouissent sont autant de faveurs personnelles que Dieu leur accorde. Car Dieu ne sème pas ses bienfaits d'une façon impersonnelle et vague, comme un ro'i qui jetterait des aumônes à la foule : il connaît chacun de ceux qui reçoivent ses dons, et il prend de chacun un soin particulier. Nous commençons à trouver Dieu quand nous commençons à sentir dans nos cœurs de la gratitude pour lui. Dieu pourrait nous appliquer ce qu'il disait par son prophète au roi Cyrus : (( Je t'ai appelé par ton nom; »

(f Je t'ai ceint quand tn ne me connaissais pas.^ »

La reconnaissance a été définie par ironie « une vive espérance des bienfaits futurs ». Voilà une satire, mais non la vérité. Celui qui a senti son cœur ému de reconnaissance dirait plutôt : « La gratitude est une crainte très vive de se rendre indigne des bienfaits futurs ». Le sentiment détre indigne des faveurs reçues, d'être l'objet d'un traitement trop favorable et d'une bonté excessive,

(1) Isaïe XLV. ,"), (j.

accompagne la profonde gratitude. C'est ainsi que pensait David : « Qui suis-je, Seigneur, et quelle esl ma maison que vous m'ayez fait arriver à cette dignité ? Et cest encore peu de chose à vos yeux!^ »

Quand, plus tard dans la vie, vos j'cux se seront ouverts, ce sentiment deviendra fort: «Insensé! J'ai reçu si longtemps les faveurs de Dieu, et j'ai à peine pensé à le remercier! »

Ainsi, la reconnaissance, la contrition de nos péchés, et l'humilité marchentelles ensemhle; et quand Dieu rencontre ces sentiments dans un cœur, il s'en tient tout près et en est content. Est-ce que beaucoup de mes prières sont une action de grâces? Est-ce que je me rappelle le grand nombre des petites joies goûtées dans la semaine, pour y reconnaître le doigt de Dieu? Ou plutôt, à l'exemple du sauvage, est-ce que je ne me contente pas de dire : « Cela m'est utile?»

La reconnaissance pour Dieu est un des meilleurs signes de santé spirituelle. Une àme pleine de gratitude est pleine de bonté. Mais lorsqu'elle va jusqu'à remercier Dieu des déceptions, des échecs et des souffrances, elle marche en vérité sur les traces des Saints. Nous pouvons supposer cette différence — parmi beaucoup d'autres — entre les

(I) II Samuel vu. 18, 19.

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